Alissa Polonskaya – 1863 http://1863.fr THE NEXT STATION Sun, 11 Feb 2024 12:24:58 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.18 kahnji : « On a fait confiance à nos souvenirs » http://1863.fr/kahnji-interview-on-a-fait-confiance-souvenirs/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=kahnji-interview-on-a-fait-confiance-souvenirs Sun, 11 Feb 2024 16:59:03 +0000 http://1863.fr/?p=7120 Si l’on pouvait composer un projet axé sur l’ambivalence de nos souvenirs ? C’est le défi relevé par le producteur kahnji.

L’article kahnji : « On a fait confiance à nos souvenirs » est apparu en premier sur 1863.

]]>
Et si l’on ne devait plus choisir qu’une seule identité musicale ? Si l’on pouvait composer un projet axé sur l’ambivalence de nos souvenirs ? C’est certainement le défi relevé par kahnji, producteur multi-facettes de la scène explosive strasbourgeoise, avec son projet l’été aura tout brûlé sauf la solitude. Une approche authentique et spontanée que nous avons retracée pour 1863 au travers d’un portrait de l’artiste. 

kahnji
Crédits : @antoineprett et @wwwel3n0

La visioconférence commence. Tous les trois – kahnji, Pierre et Alissa, sommes connectés depuis nos chambres par souci géographique :  l’un est à Strasbourg, l’autre est à Bruxelles et la dernière à Paris. En se lançant, on prend la température. Après tout, on découvre kahnji pour la première fois. Malgré des airs réservés, le jeune artiste n’a pourtant aucun mal à se confier. De ses débuts à son récent album, on vous en retrace les moments forts…

La genèse de l’aventure kahnji 

On en sait encore peu sur kahnji. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas se laisser avoir par son nom de scène. Même s’il ne cache pas être influencé par la musique ambient asiatique, ce n’est pas de là que son nom prend ses racines : « Quand j’ai commencé à faire du son en seconde, je voulais trouver quelque chose qui reflète mes origines asiatiques, et celui-là est tombé par hasard. Au début, c’était Kaan-g. C’était la phonétique qui me plaisait. J’ai appris après coup ce que ça voulait dire », nous confiera t-il. 

Pour implanter ce nom de scène, kahnji va être partout, en créant des groupes avec ses potes ou en se représentant dans des bars. Depuis qu’il a découvert la guitare au collège, il n’y avait plus que la musique à ses yeux : « Je voulais être une rockstar », sourit-il. Petit à petit, rattrapé par une curiosité grandissante, il découvre d’autres styles qu’il s’amuse à mélanger avec ses bases de guitare : « Tout s’est mélangé à partir de 2015-2016, dès que l’électro et le rap se sont croisés. C’est devenu flou à ce moment-là car j’ai envie de devenir une rockstar, puis de devenir Avicii. Finalement, je vais devenir le premier moi. »

« À Strasbourg, on est tous différents. Il y a une grande diversité et tout le monde peut y trouver son compte. On a tous ce rapport affectif à Stras’. L’isolation nous a permis de faire quelque chose d’authentique. »

Kahnji

Strasbourg comme laboratoire d’expérimentations

En parallèle de ses expérimentations, le jeune artiste alsacien découvre SoundCloud et en fait son nouveau réseau social préféré : « Quand je l’ai découvert, je passais plus de temps dessus que sur Messenger. Puisqu’on pouvait s’écrire, c’est ainsi que j’ai connecté avec plein d’artistes à l’époque. » Ces mêmes artistes qui sont des habitants de sa ville natale, Strasbourg, et avec qui il connectera bien vite. Ce qui est marquant, c’est que ce ne sont que des noms déjà implantés dans le paysage musical actuel : SonBest, Kay The Prodigy, Jeune Austin ou encore HIBA.

À cet égard, kahnji décrypte : « Contrairement à d’autres viviers comme Lyon, pour la trap, ou le Sud, avec un rap plus électronique et ensoleillé, à Strasbourg on est tous différents. Il y a une grande diversité et tout le monde peut y trouver son compte. On a tous ce rapport affectif à Stras’. L’isolation nous a permis de faire quelque chose d’authentique. » De ces rencontres naît un projet commun avec le duo HIBA, quasi triste. Sorti en novembre 2023, nous y retrouvons les premiers jets de l’esthétique plutôt pop de kahnji. 

S’en suit, six mois plus tard, son premier projet, l’été aura tout brûlé, sauf la solitude. Il représente la première compilation de ses années d’exploration musicales. Cet album s’éloigne des bases pop empruntées par l’artiste dans ses collaborations pour basculer vers des sonorités plus expérimentales. 

« Ce que j’aime beaucoup faire dans ma musique, c’est souvent d’essayer de centrer les choses autour d’un élément en développant un thème simple en l’habillant d’éléments harmoniques sans le transformer. »

Kahnji

Une recette entre minimalisme et mélange des genres

Si pour certains, les vacances d’été riment avec amusement, pour kahnji il s’agissait plutôt de longs mois d’isolement. Se sentant obligé de passer le temps avec « des gens » sans pour autant y parvenir, il reste seul dans sa chambre. Paradoxalement, il s’agit aussi de la période où le collégien – à l’époque, est le plus libre. Loin du regard des autres, kahnji prend le temps d’explorer et d’apprendre la musique et consacre des heures à la découverte de la guitare et des logiciels de composition.

La solitude lui permet de découvrir les recoins des genres qu’il affectionne : du rock de Metallica ou AC/DC aux premiers grands noms de la scène électronique actuelle comme Sam Gellaitry ou Flume, en passant même par la musique de film. Pour condenser l’ensemble de ces inspirations, il décide de miser sur la simplicité de la forme musicale des compositions électro-minimalistes. « Ce que j’aime beaucoup faire dans ma musique, c’est souvent d’essayer de centrer les choses autour d’un élément en développant un thème simple en l’habillant d’éléments harmoniques sans le transformer », explique kahnji. 

Pour lui, partir d’un thème permet d’ouvrir un panel infini de constructions harmoniques possibles. Plus simplement, une mélodie unique peut être complétée par d’innombrables sonorités dans l’accompagnement. Par exemple, quand kahnji reçoit un acapella, il propose au moins deux versions d’instrumentales différentes : « Ça me vient des riffs iconiques du rock, comme chez AC/DC ou Metallica. Tu retiens une mélodie principale, puis une voix et une batterie qui viennent se calquer dessus. J’aime bien faire ça. »

Prenons par exemple le titre « apprends-moi le piano ». Le morceau commence par un thème mélodique qui vient se répéter deux fois et qui ne nous quittera plus. À la troisième répétition, un accord de synthétiseur s’ajoute au thème qui se répète une seconde fois. Un bref motif à la guitare électrique distordue crée une transition vers une énième répétition. Cette fois, l’ensemble des précédents éléments sont unis, mais des accords de cordes pizzicato et une ligne mélodique à la basse doublent le thème. Ce dernier sera répété une seconde fois avant de disparaître.

« C’est la première fois où je ne me suis pas posé la question [de l’identité musicale, ndlr]. Quand ça fait dix ans qu’on le fait, on l’a déjà en nous. Il faut réussir à se faire confiance, se détacher de toutes les interrogations. C’est là qu’on parvient à faire quelque chose d’authentique. »

Kahnji

Un projet sur la solitude, né de multiples collaborations

Pour intégrer ces inspirations au sein d’un projet, kahnji a fait le choix d’aller à contre-courant. Souvent, on demande aux artistes de choisir un genre musical dans lequel ils doivent évoluer pour être reconnus. Pourquoi se limiter en définissant une identité musicale lorsque celle-ci peut être plurielle ? « C’est la première fois où je ne me suis pas posé la question [de l’identité musicale, ndlr]. Quand ça fait dix ans qu’on le fait, on l’a déjà en nous. Il faut réussir à se faire confiance, se détacher de toutes les interrogations. C’est là où on parvient à faire quelque chose d’authentique. » Le projet ne se limite en rien. On vagabonde dans des sonorités rock, pop ou ambient avec cohérence.  

L’authenticité de kahnji va au-delà de sa production personnelle et se transmet jusqu’aux collaborations présentes sur l’album. De annie.adaa, mei, Tony Seng, koboi, Jorrdan, san juliet à fisherman, elles se sont avant tout créées sur le plan humain, plus que sur la direction musicale. Ces connexions se travaillent dès les premiers pas en studio : « Lorsque je travaille avec des gens, on discute pendant deux ou trois heures avant de faire de la musique. C’est une façon d’accorder les violons », nous confie-t-il. Malgré la distance, le lien unissant les artistes à leurs souvenirs d’étés solitaires a été suffisant pour créer. 

Ce travail de sincérité s’est imposé pour la pochette : « J’avais envie de faire un truc avec les câbles car je trouve ça fascinant comme ils nous relient à tout. On a tout le temps la tête dedans, on est dépendants d’eux car ils nous relient et nous déconnectent à la fois. On n’a jamais été aussi connectés mais j’ai l’impression qu’on est loin des autres. » C’est ainsi que kahnji a rencontré cherry (@aletiune) sur Twitter, qui créait des images avec des câbles. Un seul pitch fut envoyé, pour permettre de laisser libre court à la nostalgie de chacun et proposer le projet le plus authentique possible. « On a fait confiance à nos souvenirs », sourit kahnji.

Si la solitude avait une bande originale 

Ces souvenirs nostalgiques façonnent même la trame du projet. L’ensemble des titres se suivent les uns après les autres et content l’histoire d’une journée d’été. Nous commençons par la « routine matinale » où l’on va sur « l’aire de jeu », et on « apprend le piano ». Puis, lorsque « la nuit tombe même en août », on gamberge et finalement on se dit que « même les ordinateurs iront au paradis. »

« Les journées en été sont plus longues, il y a plus d’images, de tableaux, de souvenirs. C’est comme un rideau qui flotte. Des tableaux que tu vois, auxquels tu prêtes plus d’attention parce que tu as le temps. Émotionnellement, c’est une saison intéressante. Je voulais peindre des décors qui sont banals pour tous, grâce à la musique », décrit kahnji. La clé de ce fil conducteur est de permettre à tout auditeur de plonger dans sa mémoire, le temps d’une journée. En quelque sorte, c’est le dessin d’une ode à l’ennui.

Ce projet est un retour vers le passé de l’artiste. Si autrefois être seul dans sa chambre était une crainte, il s’agit aujourd’hui d’instants recherchés. “Quand tu es petit, tu as le temps de t’ennuyer. Maintenant, les responsabilités nous en éloignent”, pense kahnji. Le temps lui a permis de créer un rapport ambivalent à la solitude. Entre tendresse et mélancolie, qu’il a réussi à retranscrire dans cet album. Un sentiment universel que le compositeur a souhaité retranscrire avec le plus d’authenticité possible. 

Encore discret sur les prochains projets à venir, une chose est sûre : le live est en cours de conception et promet de mêler musique et image. Comme des chimistes, kahnji et ceux qui l’entourent travaillent méticuleusement pour extraire chaque substance des musiques qui les animent pour expérimenter la leur. Il sera curieux de voir comment tout cela continuera de grandir. 

L’article kahnji : « On a fait confiance à nos souvenirs » est apparu en premier sur 1863.

]]>
Kay The Prodigy : « ce qu’on fait, on ne l’a jamais vu nulle part. » http://1863.fr/kay-the-prodigy-interview-ce-quon-fait-on-ne-la-jamais-vu-nulle-part/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=kay-the-prodigy-interview-ce-quon-fait-on-ne-la-jamais-vu-nulle-part Tue, 03 Oct 2023 16:00:18 +0000 http://1863.fr/?p=7018 Impossible d’arrêter la tempête venue de l’est. Scènes après festivals, en l’espace d’une année, Kay The Prodigy s’est fait un nom et une réputation de kickeuse imparable. Avec deux projets incisifs et percutants en guise de promo, rien ne semble avoir été laissé au hasard. Ça se passe comme ça avec Kay : tout est…

L’article Kay The Prodigy : « ce qu’on fait, on ne l’a jamais vu nulle part. » est apparu en premier sur 1863.

]]>
Impossible d’arrêter la tempête venue de l’est. Scènes après festivals, en l’espace d’une année, Kay The Prodigy s’est fait un nom et une réputation de kickeuse imparable. Avec deux projets incisifs et percutants en guise de promo, rien ne semble avoir été laissé au hasard. Ça se passe comme ça avec Kay : tout est efficace, précis. C’est un crime parfait. 

Crédits : @shauneseyes

Il aura fallu un train manqué et une après-midi d’attente, à déambuler dans les rues ensoleillées de Bruxelles, pour que Kay The Prodigy réalise « la dinguerie qu’il s’est passé cette année ». Projets, rééditions, scènes, freestyles :  « Ça c’est la vie d’artiste », plaisantera la rappeuse lorsque nous lui demandons si elle arrive à se poser, prendre le temps de contempler et d’apprécier le travail accompli. Le sourire remonté jusqu’aux fameuses – et gigantesques – lunettes, masquant ses yeux même pas cernés par la fatigue, elle ajoutera : « c’était maintenant ou jamais. Si je me dévoile, alors je vais jusqu’au bout. » 

Fuyant la canicule de ce début d’été, nous nous enfermons à La Place. Le frais, c’est toujours mieux pour se remettre les idées en place. En plein cœur de Paris, Kay voit plus grand, plus loin, plus gros. Deux jours après avoir enflammé notre scène au festival des Ardentes, la tornade strasbourgeoise est déjà concentrée sur la suite. En quête vers le sommet, Kay gravit un à un tous les échelons et se dirige irrésistiblement vers le dernier étage. 

À l’Est, rien de nouveau

Nous le découvrons rapidement, Kay rappe comme elle vit, avec un phrasé en flux tendu mais tout en décomplexion. Une aisance presque insolente que l’on retrouve parfaitement avec son dernier projet Triple Kay Supremacy. Laissant de côté son flow DMV et les samples jazz de Eastern Wind, l’heure est à la découpe. L’artiste explore tout son potentiel en collaborant cette fois avec onze beatmakers différents. À nouveau, plus grand, plus loin, plus gros : la dynamique est saisie, Kay The Prodigy emporte tout – et tout le monde – sur son passage. 

« Le projet avec Mezzo était un coup de foudre musical et amical. Là, c’était avec des producteurs que j’aimais déjà. Je voulais prendre ce qu’ils savaient faire et venir poser dessus. Je suis plus friande de travailler avec des énergies différentes. La musique c’est tellement vaste que ce serait dommage de se bloquer. »

Kay The Prodigy

Longtemps restée seule à « rapper cachée dans l’ombre »,  Kay a pour autant toujours avancé en équipe. Au lycée du Val d’Argent, elle rencontre Sirlo, membre du crew strasbourgeois Le Dernier Étage (LDE), qui lui présente Turo Lamota et Kulbuto. Trois gars et une meuf, « un peu comme les Fugees ». Si le collectif ne produit officiellement qu’un seul son ensemble, LDE donne à Kay The Prodigy l’impulsion qui lui manque pour faire le grand saut. 

« LDE chaque passage à un étage » 

Kay The Prodigy – Cinq étoiles

« LDE ce sont les premiers gars qui ont su que je rappais, qui ont accepté que je rappe et que je progresse à leurs côtés » nous assure l’artiste. Ensemble, le groupe partage sa première scène à La Péniche Mécanique à Strasbourg, mais aussi leurs doutes. Si le spectre de l’échec musical en hante certains, Kay, de son côté, a compris qu’elle s’était engagée dans une quête vers le succès.

« Comme Jeanne je prends les devants. La cavalerie vient côté soleil levant »

Kay The Prodigy – Soleil levant

La prophétie se réalise le 13 novembre 2022, sur le parquet de la Bellevilloise. Ce soir-là, le vent tourne en sa faveur. « J’avais de nouveaux sons, une nouvelle recette » nous confie-t-elle, avant d’ajouter : « la foule n’était pas la même, le cadre non plus (…), pour la première fois, je ne rappe pas qu’avec mes potes. » Ce saut dans le vide auréolé d’une foule en délire confirme les certitudes de la rappeuse : « ce qu’on fait, on l’a jamais vu nulle part ailleurs. »

« Je suis là pour marquer la culture » 

Cette confiance, Kay l’a développée dès l’adolescence en explorant sur des forums de rap américains. « À force de regarder et d’écouter des choses en anglais, j’ai presque l’impression d’être née à Baltimore”, ironise-t-elle. Ce qui l’attire c’est la démesure, les shows gigantesques et bien sûr « l’attitude et l’ambition inarrêtable ». Le déclic s’appelle Sentiments. En août 2021, la rappeuse alsacienne se sent prête à se dévoiler sans concession. Accompagnée de son amie et manageuse Soukey qui la suit depuis 2019, elle lâche ses études d’opticienne pour le rap. 

« Avant Sentiments, je ne me montrais pas car je ne me trouvais pas à la hauteur du rap jeu. Je voulais être prête, que mes textes soient précis, pour que quand je me lance et que je sois directement à la hauteur. »

Kay The Prodigy

L’engouement du public et les retours positifs autour de Sentiments confirment son intuition. Pour s’asseoir à la table des plus grands, « comme Makala ou Alpha Wann », nous précise-t-elle avec conviction, l’ex Baby Kay passe à la vitesse supérieure. Le rap l’obnubile et elle en est désormais consciente. Sans prétention, la jeune femme nous l’assure : « Je suis là pour marquer la culture. »

Destinée au succès, Kay garde pourtant les pieds sur terre, rappelant que « toutes ces scènes et ces sons demandent de l’argent et de l’énergie ». Elle n’hésite d’ailleurs pas à rappeler dans ses titres la réalité financière des artistes indépendant·e·s émergent·e·s, soulignant avec humour sur le titre « Check » :« les chiffres j’les vois, pourquoi j’suis encore sur la CAF »

« Quand on se demande avec Soukey pourquoi on est encore broke, c’est un moyen de se dire qu’il faut continuer à charbonner. Faut pas faire tout ça et finir broke. Ou alors en broke stars (rires) ». [nom du label de Soukey, ndlr]

Kay The Prodigy

Pour la première fois depuis le début de notre rencontre, Kay marque une pause. Pensive, elle finit par ajouter : « Même si j’ai l’air d’avoir les pieds sur terre, je me sens parfois comme dans un jeu. » Filant la métaphore, nous voilà projetées dans une sorte de Mario Kart entre les différents rappeur·se·s où « on s’amuse, mais pas tout le temps. Parfois, la course est plus dure”. A 200km/h sur l’autoroute du succès, la rappeuse se retrouve parfois seule avec sa musique : « tout ce qui m’arrive en ce moment, tout le monde ne peut pas le comprendre. » Pour y remédier, Kay écrit. 

Détripler Kay : omniscience – émotivité – colère 

Dans son téléphone, l’artiste alsacienne multiplie les notes qu’elle nomme « exutoires ». Toutes consciencieusement numérotées et rangées chronologiquement : « Dès que j’ai un bars, dans la rue, avec Soukey, avec ma mère, dans le métro, je la note. Ça s’enfile. Quand j’écris un texte, je regarde dans ces notes-là. » 

Crédits : @shauneseyes

Son écriture est à son image, instinctive et parfois insaisissable. Une spontanéité qui se reflète à bien des égards avec Triple Kay Supremacy. Galvanisée par l’univers des nombreux beatmakers dont elle s’entoure (Planaway, whatever51, Kloudbwwoy, Soudiere, Rami, ELK, Stu, Jetpacc et Meel B), l’interprète de Prestige partage avec son public sa large palette d’influences et affine son identité artistique. « Kay the Prodigy existe officiellement depuis 2019, mais je la construis en même temps que vous la découvrez. »

Les différentes tracks sont la déclinaison des émotions par lesquelles elle passe. « Il y a vraiment trois facettes », rationalise la rappeuse : « celle qui est très omnisciente, celle qui est très émotionnelle et l’autre très en colère. Dans ‘Okay’, je suis très omnisciente sur ma voix, je prends du recul, je réfléchis. Au moment d’écrire, j’étais dans une vibe où j’avais déjà des choses à dire sur moi.” Ce brelan émotionne est illustré avec simplicité sur la cover de Triple Kay Supremacy, où trône fièrement un auto-portrait cartoonesque digne des Happy Three Friends

« Ce logo, au départ, est un autoportrait que je faisais au lycée et que j’ai gardé dans mon téléphone. Il est facile à faire, je le faisais toujours dans des coins du lycée. Un peu dans l’esprit du graffiti. C’est un autoportrait qui n’a pas besoin de beaucoup de temps, je peux le faire en deux-deux dans le lycée, le métro. C’est une forme de signature.”

Kay The Prodigy
Crédit : @anna.tbr

En passant par la grime, la super-trap ou la glow avec « Threesome », Kay propose une carte de visite audacieuse. De quoi nous convaincre qu’elle « sait faire autre chose que de la drill samplée » et – pour reprendre ses mots – qu’elle n’est « pas Ice Spice ».

Comme les garçons, mais mieux que les garçons

Cette curiosité sans faille, Kay The Prodigy la doit en partie à ses parents. Élevée par un père multi-instrumentiste qui maîtrise l’accordéon, le piano, l’harmonica, la guitare, la trompette et la batterie en autodidacte, il était évident que la musique aurait une place centrale dans son parcours. À six ans, elle découvre le piano et baigne dans la musique d’Armstrong, et « des sons malgaches du bled » de Wawa ou de Rak Roots. Le partage du rap, quant à lui, s’est fait aux côtés de son petit frère. Chacun fait découvrir à l’autre la dernière trouvaille : de Klub des Looser à Freeze Corleone, “mon frère est à la page” sourit-elle.

Parcours musical oblige, Kay The Prodigy découvre le conservatoire, l’exigence des cours de piano et de formation musicale. Rapidement, elle développe son oreille, et sèche le solfège : « le solfège est à l’opposé de comment mon père m’avait transmis la musique, il joue avec l’oreille. Le solfège est orthodoxe, il faut réviser. Maintenant qu’il faut travailler avec des producteurs, je m’intéresse aux accords, aux notes surtout.” 

Crédits photo : @youcef_kr

À quinze ans, elle écoute déjà beaucoup de rap. Mais celle qui la fascine réellement, c’est Nicki Minaj. Sans elle, c’est certain : elle n’aurait jamais eu cette « assurance pour se lancer ». Le discours décomplexé, puissant et assumé de l’icône parle à la jeune fille. Dans les pas de son idole d’enfance, la rappeuse de Strasbourg parle à son tour de sexe et de désir. Des sujets encore considérés comme transgressifs dans la voix d’une artiste femme, qu’elle aborde comme les garçons. Mieux que les garçons : « de tous les rappeurs qui parlent de sexe, je ne me sens pas si différente. Simplement, moi j’ai un point de vue féminin. En général, c’est davantage le gars qui est dans l’hypersexualisation. Là, c’est moi. Ça me tenait à coeur qu’on entende une rappeuse parler de sexe avec décomplexion. Si les rappeurs le font, je ne vois pas pourquoi les rappeuses s’en priveraient.” 

Ce que Kay aimerait, c’est que les femmes puissent rapper sur les mêmes thématiques, « sans le faire comme un gars et en gardant notre part de féminité. » Un objectif encore difficile à atteindre quand la principale partie de ses auditeurs est constituée d’hommes

« Mon discours pourrait faire écho auprès de certaines de mes auditrices. Et plus il y aura de femmes sur scène, plus les publics féminins vont venir. Les filles peuvent être réticentes car il y a beaucoup d’hommes dans les concerts ra. On n’a pas envie de se faire bousculer dans les pogos, de se faire déranger par des hommes qui ont bu quelques bières.”

Kay The Prodigy

La curiosité en boussole

De Theodora à Mandyspie en passant par Asinine, Angie et Zonmai, l’univers éclectique des nouvelles artistes inspire Kay. Bien que très différentes, chacune apprécie l’art de l’autre et s’en inspire. Cette solidarité est perçue comme une « pure et continuelle masterclass » à ses yeux. Elle ne perd d’ailleurs rien de sa curiosité pour conquérir le rap jeu à leurs côtés. « L’univers de BabySolo33 je le trouve incroyable, j’ai envie de le frôler. Pareil pour Theodora, LaFleyne… car j’adore le RnB. Ce n’est pas ce que je fais de base, mais j’arriverai à voguer entre ces styles” nous confie t-elle.  

Chanteuse en herbe ? Ses plus fervent·e·s fans répondront qu’il existe déjà « Mérites-tu”. Un morceau au goût de miel, que la rappeuse ne fait que sur scène : « c’est une autre vibe, je ne fais que chanter. Quand je commence à chanter, c’est une autre Kay qui ressort. » Si l’autotune lui offre un réel confort vocal et lui permet d’explorer au-delà de ses propres limites physiques, la performeuse ne compte pas s’y complaire et « espère pouvoir faire des sons en acoustique. »

Pour elle, toute rencontre est un enseignement, une exploration nouvelle. Les onze collaborations pour Triple Kay Supremacy représentent, à ce titre, une manière de se rapprocher et de s’ouvrir les portes vers une création plus autonome. « À terme, j’aimerais en faire des [prods] entières, pas qu’ajouter des snares. Faire ma propre prod, placer pour quelqu’un, ce serait génial”, imagine-t-elle. 
Finalement, tout comme dans sa musique, Kay The Prodigy cherche, quitte à se tromper, à changer de chemin, s’y perdre et revenir car « ça arrive. L’important c’est d’explorer ».

Kay The Prodigy sera parmi nous, à La Cigale, le 5 octobre pour la date finale de notre tournée française. Et toi ?

L’article Kay The Prodigy : « ce qu’on fait, on ne l’a jamais vu nulle part. » est apparu en premier sur 1863.

]]>
Ucyll & Ryo : voyage au centre de soi http://1863.fr/ucyll-ryo-voyage-centre-de-soi/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=ucyll-ryo-voyage-centre-de-soi Fri, 02 Jun 2023 16:00:13 +0000 http://1863.fr/?p=6897 Ucyll & Ryo n’ont plus rien des jeunes artistes endurcis sur Amour Hôtel ou musicalement assidus sur Cahier de Vacances. Si leur dernier projet était un devoir sans faute à la fin de l’été 2021, la peau des yeux les place en paroliers et chimistes des émotions. Rencontre. Taxi avant tout L’album est sorti. Un…

L’article Ucyll & Ryo : voyage au centre de soi est apparu en premier sur 1863.

]]>
Ucyll & Ryo n’ont plus rien des jeunes artistes endurcis sur Amour Hôtel ou musicalement assidus sur Cahier de Vacances. Si leur dernier projet était un devoir sans faute à la fin de l’été 2021, la peau des yeux les place en paroliers et chimistes des émotions. Rencontre.

ucyll-ryo
Crédits photo : Fabien Hemard

Taxi avant tout

L’album est sorti. Un air de soulagement parcourt la chambre d’Ucyll. Ryo pianote, le masque de Beuni traîne sur le canapé, les prints de Simon dorment sur le lit et Sacha, toujours au téléphone, organise la suite des événements. L’univers familier du collectif Taxi [composé de leurs amis artistes Simon, Sacha, Ucyll & Ryo, Isma, damour, Cronksss et Baron, ndlr] n’a pas fait exception à la peau des yeux. Proches depuis le lycée, Taxi forme un « collectif indispensable et indivisible », comme me l’explique Ucyll. S’il était aussi essentiel de composer dans un environnement familier, même fraternel, c’est pour la confiance, la stabilité et l’influence. Le groupe se connaît depuis de nombreuses années maintenant et s’est mutuellement influencé.

Par exemple, Simon dit au groupe que s’il fait du graphisme, c’est parce qu’il graffait avec Ucyll ou commandait des stickers avec Ryo. Quant à Sacha, leur manager qu’ils surnomment « auxiliaire de vie », est un ami de longue date avec lequel ils faisaient déjà du son avant de nouer des liens plus professionnels. 

C’est donc naturellement que l’équipe a concocté ce retour aux sources, prévu depuis leur dernier projet. Pendant cette pause à durée indéterminée, chacun a eu le temps de travailler son identité musicale en mettant à plat ce qu’il se passait dans leurs vies respectives. Ryo a développé sa pâte compositrice en découvrant de nouvelles inspirations en Himera, Sega Bodega, Cascada, Oklou ou encore le label PC Music de AG Cook. Ucyll, de son côté, a pris le temps de laisser partir Beuni sur la fin ouverte qu’il méritait. S’il est difficile de prévoir un retour, Ucyll & Ryo font partie de ceux qui, inconsciemment, savaient que ce projet allait voir le jour.

À la recherche du soi perdu

La peau des yeux est une réelle immersion dans la multitude des genres appréciés par les artistes. L’auditeur voyage entre l’électro, le rap et la pop. Les tonalités oscillent entre mélodies joyeuses se brisant au contact du choc de l’accident, l’obscurité de « Mercredi 13 », des « Fantômes », et se clôture sur l’espoir final d’une renaissance sur « Pour l’instant ». À priori très distincts, ces genres sont parfaitement maîtrisés et mêlés au fil conducteur du projet, contant la quête identitaire de deux individus. Ucyll & Ryo nous confieront que cette diversité s’explique par leur rôle de compositeur. « La production nous permet de viser de plus larges panels en plus de notre interprétation, c’est assez varié. Et humainement, même si nos chemins musicaux sont différents, nous avons une relation de confiance. S’engager sur le terrain de l’autre n’est donc pas compliqué » décrit Ryo. 

Au regard du parcours musical des deux artistes, on peut ressentir une cohésion et une compréhension mutuelle. Si Ucyll, moins habitué à poser sur de l’électro, a sûrement ressenti un défi face à « La main qui se lève » [première prod composée, bien avant le début de l’écriture globale du projet, ndlr], Ryo, quant à lui, est plus éloigné de la stylistique de « Malaise ».   

ucyll & ryo
Crédits photo : Simon Stewart

« Ce n’est pas ce que j’imagine produire de mon côté alors c’était plus difficile de se projeter. Je savais le propos que j’allais y apporter, donc ça m’a aidé. Finalement, c’est très enrichissant, ça m’a donné envie d’aller au maximum de mes limites », avoue Ryo. En dehors de la recherche musicale, la découverte humaine est la clé centrale de la compréhension et de l’écoute du projet. Ucyll la décrit même comme un « pèlerinage spirituel ». Dans ce projet, les deux individus vagabondent entre soirées électro et se perdent lors d’instants de souvenirs où les fantômes prennent le dessus. 

Tout au long du projet, le regard pesant des deux fantômes observateurs accompagne la quête des personnages et incarne à merveille toutes les thématiques abordées ou imaginées. Ucyll explique que ces fantômes sont « des émetteurs et des récepteurs ». Mais les deux artistes ne les incarnent pas. S’il y en a deux, c‘est pour la pluralité. Ucyll nous dévoilera également que « parfois, le fantôme apparaît seul car il s’agit d’instant de solitude intime, ou à deux lorsque le personnage se trouve accompagné mais ressentant une forme d’isolement. » 

Le travail visuel de Simon Stewart, accompagné par Sacha Lenoir, a permis d’approfondir par une immersion visuelle remarquable la parole des deux rappeurs. Le retour du duo a été annoncé par une étrange photo publiée sur Instagram, avec une localisation menant vers le Canton de Gramat se trouvant dans une vaste forêt. Depuis Cahier de vacances, tourné uniquement dans des plaines, la place de la nature semblait omniprésente dans la direction artistique de Ucyll & Ryo. La peau des yeux n’y échappe pas.

Crédits photo : Simon Stewart

La nature est « un mélange de fascination et de facilité. La nature ouvre des tableaux, des scènes et des paysages sublimes. Tu as juste à t’y rendre et à filmer, ce sont des studios de cinéma géants et gratuits. C’est très inspirant pour y créer l’histoire que l’on veut », glisse Ucyll. De son côté, Ryo explique s’être détaché d’une forme de pensée traditionnelle des visuels rap. « Souvent cela passe par de l’égotrip, de clipper dans des appartements, que j’aime beaucoup et qui reste une culture à part entière, mais j’ai besoin de rêver. La nature est un lieu fantastique qui nous détache d’une image grise et morose, même si certains considèrent que l’album a l’air sombre. »  

« Il n’y a rien de factuel, ce n’est que de l’ordre de l’émotion. On se forçait presque à ne pas mettre de mots concrets. On a gardé l’ancre levée dans le courant, en se laissant aller sans prendre le virage du concret et en laissant une part de mystère. »  

ucyll

La conception d’un album intimiste

Pas à pas, les deux personnages traversent le labyrinthe de la forêt, les yeux fermés en se tenant par la main vers la découverte de soi, suivis par leurs fantômes. La peau des yeux est donc un titre caméléon à l’image des différentes étapes du deuil de l’ancien soi. On y ressent une forme d’aveuglement, de mélancolie, de fatigue. Sans la musique ou les textes, ce titre n’a pas de sens mais toutes les différentes interprétations de l’auditeur lui donnent une vie unique à chaque écoute.

Ucyll avoue avoir trouvé ce titre la veille de l’envoi du projet. Son origine se trouve dans les débuts musicaux des deux artistes. « L’inspiration principale se trouvait dans une ancienne phase de Ciel du projet Amour Hôtel, où Ryo a écrit une phase absolument merveilleuse. Je relisais nos anciens textes et ça a été une évidence », m’expliquera-t-il.

« Ciel est bleu, presque transparent,

Comme la peau, les yeux,

Comme l’âme de nos parents »

Ucyll & Ryo – Ciel

Globalement, ce projet reste marqué par l’écriture imagée et métaphorique des deux artistes. Les thèmes difficiles tels que la solitude et la dépression sont illuminés par des rapprochements plus légers comme les larmes en « cuisinant la quiche » ou le « poulet-riz du daron ». Ryo considère que cela fait écho à notre façon d’être au quotidien : « on peut en dire beaucoup mais à la fois être pudiques sur certains sujets, de lier le sérieux avec une part de lumière. Je n’y avais pas pensé lors de l’écriture mais dans le clip du Code de Myth Syzer, Muddy Monk coupe une tomate et se fait un sandwich en pleurant. Cette quiche aura donc toujours un goût de solitude… d’œuf je voulais dire. »

Muddy Monk dans le clip du Code de Myth Syzer

D’un point de vue écrit et musical, Ryo affirme sa pâte artistique dans le projet, tant en lyriciste qu’en musicien confirmé. Après de timides apparitions sur REP Beuni d’Ucyll ou sur AA de Moyà, Ryo est aux commandes sur « pour l’instant », titre entièrement enregistré sur un piano à queue. De nombreux titres ont été composés au piano à l’ordinateur comme sur « La main qui se lève », « Nasubi », « Bouche cousue » et « Fantômes » qui s’avèrent très prometteurs : « Le piano, c’est mes premiers pas dans la musique, grâce à ma mère qui m’a transmis ce savoir. Pendant toute mon enfance, je l’ai étudiée de façon professionnelle au conservatoire. J’ai ensuite quitté le système académique classique pour me consacrer à la composition sur ordinateur. J’ai entièrement composé ce morceau et j’avoue que j’aime bien le résultat alors je risque d’en refaire. »

Sa composition est un voyage dans l’ensemble de ses inspirations. Originaire du Japon par sa mère, Ryo comblait la rigueur des programmes classiques du conservatoire en jouant la mélodie phare du « Château Ambulant » composé par Joe Hisaiachi et réalisé par Miyazaki. Peu à peu, ces sonorités se sont mêlées à sa pâte de compositeur. Il explique vouloir assumer ses influences tout en gardant un format propre à sa musique. C’est un mélange d’inspirations très jazz et classiques à la fois, comme Miyazaki ou Ryuichi Sakamoto, tout en gardant des sonorités actuelles. 

Une recherche perpétuelle

L’intérêt de ce projet réside dans sa diversité. Les thématiques abordées sont capillaires. Pour réussir à les exprimer, un énorme travail sur soi s’est imposé. Les deux amis se sont retrouvés au début de l’année, et ont mis à plat toutes les étapes traversées. Chacun y a retrouvé une forme de thérapie par la parole. Les artistes ont fait le choix de mettre en avant des personnages qui se mentent à eux-mêmes. Ils mentionnent sans détour la consommation abusive, la dépersonnalisation, le mensonge à soi-même et la paranoïa où le point en commun reste le voile sur la réalité.

Dans la première partie de l’album, Ucyll & Ryo décrivent un aveuglement et un enfermement dans une joie extrême, « un orgasme démesuré » où tout est « Super ». Tout conduit à l’implosion, le mensonge à soi-même n’est plus possible. Tout explose et une remise en question qui conduit à l’autothérapie s’impose.

ucyll & ryo image
Crédits photo : Fabien Hemard

Si la peau des yeux a eu l’effet de thérapie sur Ucyll & Ryo, elle n’en reste pas moins cyclique. D’une façon ou d’une autre, tout finira par revenir. Ucyll y a trouvé le chemin vers l’ouverture de soi et Ryo celui du bien-être plus intime et indépendant des autres, mais tout cela n’est que pour l’instant : « cet album a été un voyage humain avant tout. Nos deux protagonistes avancent pour le meilleur et pour le pire. On pourra s’attendre à de nouveaux projets en duo dans des rendez-vous de thérapie mutuelle tous les deux ans. »

Entre deux rendez-vous, Ucyll prépare son retour en solo et Ryo concocte de nombreuses surprises. Nous attendrons le passage du Taxi aux deux supers chauffeurs, et trouverons une petite place à l’arrière.

Pour aller plus loin, replongez-vous dans le personnage de Beuni avec Ucyll.

L’article Ucyll & Ryo : voyage au centre de soi est apparu en premier sur 1863.

]]>
Implaccable : Kè la ka bat http://1863.fr/implaccable-le-coeur-bat-interview/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=implaccable-le-coeur-bat-interview Wed, 04 Jan 2023 18:00:30 +0000 http://1863.fr/?p=6657 En avril 2022, Implaccable sortait So Vladdy, sa sixième mixtape en deux ans seulement. On y découvrait une direction artistique plus que solide, une voix posée et un emploi des samples d’une justesse à nous transporter au pays des souvenirs. Le public pouvait y ressentir une inspiration des plus grands rappeurs américains et une culture…

L’article Implaccable : Kè la ka bat est apparu en premier sur 1863.

]]>
En avril 2022, Implaccable sortait So Vladdy, sa sixième mixtape en deux ans seulement. On y découvrait une direction artistique plus que solide, une voix posée et un emploi des samples d’une justesse à nous transporter au pays des souvenirs. Le public pouvait y ressentir une inspiration des plus grands rappeurs américains et une culture antillaise personnelle riche qui impose Implaccable en tant qu’artiste qui compte révolutionner le rap français dans les années à venir. Rencontre avec un talent qui n’a pas fini de nous faire danser. 

Crédits : Laurent Segretier

Représenter les siens

Implaccable est originaire d’Anse-Bertrand, petite commune du nord de la Guadeloupe. Il y a grandi aux côtés de ses parents et ses grands cousins. Tous l’ont immergé dans l’univers de la musique depuis le plus jeune âge : « Je me rappelle que mes parents avaient pas mal de disques. À chaque fois qu’on partait en voiture, ils en prenaient ou mettaient la radio et on chantait tous ensemble. En Guadeloupe, tout le monde reçoit un amour musical. Inconsciemment, on est tous touchés. »

« Mamie !

Je sais c’est crazy, la vitesse à laquelle Zozo grandit

Arrivé au sommet, j’prends l’drapeau d’AnzB j’le brandis

J’prends l’drapeau d’AnzB j’le brandis »

Implaccable, Drapeau d’Ansz B

Puis il y a eu l’impact de ses grands cousins, Forsay, Yawil et Ryu MC, eux-mêmes artistes reconnus en Guadeloupe : « Forsay habitait en face de chez ma grand-mère et il y avait toujours de la musique chez lui. Il m’a offert son premier projet à sa sortie et je l’ai beaucoup écouté. Je connaissais toutes les chansons par cœur, encore aujourd’hui ça revient par moment. Il m’a ouvert la voie pour me lancer dans le rap et assumer qui j’étais, car la Guadeloupe est assez stricte de ce point de vue. Il m’a permis de m’imposer et de suivre ma passion. » Si l’on écoute attentivement les projets d’Implaccable, la Guadeloupe a toujours été une inspiration pour lui. Que ce soit dans les prods, dans son écriture et même dans de rares sons en créole. Dernièrement, l’artiste a rendu hommage à son pays natal avec l’entraînante Fanny J.

Mais si l’on parle d’Implaccable, vous penserez sans doute à Jennifer Lopez. La chanteuse et superstar étasunienne a créé une isotopie dans la construction artistique du rappeur, se trouvant au cœur de nombreuses thématiques amenées par l’artiste, dont le désir profond de rendre hommage à la Guadeloupe. On peut retrouver des dédicaces la mentionnant dans ses références, les titres de ses morceaux, les lyrics, ses publications… Et même son fond d’écran. Le tout avec beaucoup d’humour.

Parce que oui, le parcours de la chanteuse a touché Implaccable. Il y retrouve des similitudes avec le sien, ou du moins celui qu’il aimerait apporter. D’origine portoricaine, la chanteuse œuvre pour la reconnaissance de son peuple depuis ses débuts. Elle s’engage pour la visibilité des Latinos dans la culture, ou plus globalement en faveur des droits des femmes. Un objectif que s’est aussi fixé le rappeur : « Le but serait de rentrer en ayant accompli de belles choses ici et de pouvoir continuer sur place. Il y a tant de choses à faire, que ce soit dans la musique, ou plus généralement pour la population. C’est un peuple riche. On a une identité plurielle car c’est un mélange d’Inde, de Syrie, de la France, des Caraïbes, de l’Afrique, des États-Unis. »

Nous avons pu, en exclusivité pour 1863, obtenir quelques clichés de sa rencontre avec Jennifer Lopez, et leur amour de longue date :

implaccable jennifer lopez
implaccable & jennifer lopez
Crédits : Implaccable Match en personne

« Même les rencontres du hasard sont dues à des liens noués dans des vies antérieures… tout est déterminé par le karma. Même pour des choses insignifiantes, le hasard n’existe pas. »

HARUKI MURAKAMI

Une affaire de TRACS

Si le rap outre-Atlantique vous est familier, alors vous avez sans doute déjà entendu le gimmick « Slatt ». Il signifie « Slime Love All The Time » ou « Slime Life All The Time ». Popularisé du côté d’Atlanta par Young Thug et son « Slime » puis par Playboi Carti avec « Slatt », ce terme est aujourd’hui omniprésent. Il lie les rappeurs entre eux tout en symbolisant l’amour des siens, de la musique, de la vie. Ce lien servira d’inspiration pour Implaccable lorsqu’il créera « TRACS »« Je voulais trouver un gimmick simple qui ferait sens pour moi. J’ai d’abord pensé à « TACNA » qui voudrait dire « Toujours Aller Chercher Notre Argent » [les noms de ses premières mixtapes TACNA 1 et TACNA 2 y sont référées, ndlr]. Mais c’était compliqué à prononcer quand je posais. Alors je l’ai changé en TRACS. J’étais encore en Guadeloupe quand j’ai développé ce gimmick. »

Son arrivée à Paris sera alors décisive. Un jour, un ami beatmaker souhaite lui présenter quelqu’un dont il est certain de la fusion avec Implaccable : Ricky Bishop. Originaire de Madagascar, Ricky a vécu en Guadeloupe et à Mayotte. Au fil des sessions studio, un lien se crée entre eux, les deux rappeurs se retrouvent l’un en l’autre. Ils sortiront le morceau commun « Dex » en août 2020 pour cristalliser cette connexion, tout naturellement.

Quelques mois plus tard, ils se voient désormais quotidiennement et cette rencontre transforme Implaccable : « En une soirée, on pouvait faire quatre ou cinq sons. C’était fascinant. Il m’a énormément apporté, c’est grâce à lui que j’ai gagné confiance en moi. » Ricky lui présente ensuite les Vivis (collectif Jeunes Visionnaires), Dirty Bastard, designer de Piece of shit, Twizzy Cinco et Chucky : « Même si TRACS ne représente pas seulement ce crew, mais aussi tout ce qu’on peut aimer, nous sommes liés. Nous nous tirons tous ensemble. » La suite vous la connaissez déjà. Les prestations s’enchaînent, les scènes sont marquantes. Implaccable a fait sa place en tant que performeur de renom. Une affaire de TRACS…

Crédits : Laurent Segretier

« J’imagine le sample comme un moyen de retourner dans le passé, de se rappeler de nos enfances mais aussi pour s’inspirer de mes anciennes écoutes pour les remettre au goût du jour. »

Le long chemin pour se trouver

Au final, la musique a toujours accompagné de près de ou de loin Implaccable. Que ce soit dans son enfance ou étant adolescent : « Dans les anciens projets de La Fouine, il y avait souvent une courte période d’instru à la fin des morceaux. C’est comme ça que j’ai essayé de poser pour la première fois. »

Au collège, il installe Garage Band et Voloco sur son téléphone et compose ses premiers sons. Ce sont des logiciels dont il se sert encore, car finalement il a juste envie de « faire les choses » [Steve Lacy en parlait dans son TedTalk après avoir composé un album sur son téléphone, ndlr] : « J’ai toujours aimé le lifestyle des rappeurs. À mes yeux, ça donne l’image de ne pas avoir de problèmes, d’avoir confiance en soi, d’être libre. Comme mode de vie, ça n’a pas été le plus simple à construire. J’ai longtemps été quelqu’un de nature réservée. Je n’aime pas avoir les projecteurs sur moi, ça m’a surpris le succès de la scène. Mais peu importe ce à quoi ma vie allait ressembler, je sais que tout me ramène à la musique. »

Crédits : Laurent Segretier

Souvent rapprochée à la jersey, courant particulièrement présent dans l’Hexagone en 2022, sa discographie démontre pourtant des inspirations variées. Des rythmiques antillaises traditionnelles à la drill, la trap et même des mélodies pop, l’identité plurielle de la Guadeloupe se ressent dans ses projets. S’il écoute Shawny Binladen [principale influence pour So Vladdy, ndlr], Four50, B-lovee ou Kay Flock, il est également inspiré par ce que nous écoutions tous en 2012. C’est ce qui fait sa force aujourd’hui. Il joue de nos souvenirs pour les réactualiser avec les courants rap actuels : « J’ai samplé des classiques de la Guadeloupe, des musiques qui m’ont touché. C’est devenu propre à mon ADN. Maintenant, des beatmakers m’envoient des samples de leurs classiques. Si j’en sélectionne un, c’est qu’il y a un sentiment ou un lien avec le son original. J’ai même pensé à sampler « Baby » de Justin Bieber. »

Pour Implaccable, être artiste c’est aussi être curieux de tout. Il est essentiel de construire son identité par la découverte de l’art des autres : « J’aime voir des expositions. Mais c’est un processus sur le long terme. Par exemple, si je vois un gros carré rouge, je ne vais pas me poser et écrire un texte. C’est plus abstrait. Quelques jours plus tard, en posant au studio, c’est possible qu’une image, un mot ou un son me rappelle ce que j’ai vu et m’inspire pour le morceau que je compose. »

En parallèle de ces inspirations visuelles, le rappeur met un point d’honneur sur la redécouverte du plaisir de la lecture, un art qui serait similaire à celui d’écrire ses propres textes : « J’ai redécouvert la lecture il y a quelques temps. Je suis tombé sur un livre de Haruki Murakami et ça a été une révélation. Déjà, je me suis rendu compte que je passais plus de temps sur mon téléphone que ce que je pensais. Puis la lecture est vraiment inspirante pour écrire soi-même. Dans un sens, les phrases d’un auteur sont ses propres punchlines : il y a un rythme, un style. »

implaccable exposition
Crédits : Laurent Segretier

Cette soif de connaissance est aussi un moyen pour préserver son indépendance car Implaccable gère seul sa carrière. À ses yeux, cette absence d’accompagnement traditionnel rime avec liberté, lui permettant de continuer de créer comme il l’entend : « Quand certains artistes se lancent, ils préfèrent investir leur argent en espérant être remarqué. Je ne pense pas que ce soit une bonne stratégie. Si on parle de toi, c’est parce que tu as apporté quelque chose de concret. Le plus important est d’investir dans un studio et du matériel pour rechercher ce qui fera ta différence. »

Pour conclure l’année en TRACS, Implaccable a d’ailleurs fait son retour le 26 décembre dernier avec un projet toujours aussi marqué par la jersey drill et le sample : Pour Yis <3. Il y apporte toutefois une nouvelle thématique : l’amour envers sa mystérieuse « tracs bitch », Yis. Alors, dans l’espoir de le découvrir un jour sur la programmation du All Day In festival sur la plage du Moule en Guadeloupe, découvrons les nouvelles facettes d’un artiste… qui n’a pas fini de nous faire danser. 


L’article Implaccable : Kè la ka bat est apparu en premier sur 1863.

]]>
BabySolo33, confessions d’une SadPrincess http://1863.fr/articles-babysolo33-confessions-sad-princess/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=articles-babysolo33-confessions-sad-princess Wed, 30 Nov 2022 17:57:35 +0000 http://1863.fr/?p=6562 Grandir est inévitable. Aussi excitant que terrifiant, devenir adulte est une aventure qui bouleverse notre quotidien. Presque quatre ans après son dernier projet Solo19, BabySolo33 revient avec SadBaby Confessions. Cet EP de 10 titres nous plonge dans la nostalgie de l’enfance de la jeune artiste. Plus mélancolique mais toujours aussi cloud, elle a partagé avec nous…

L’article BabySolo33, confessions d’une SadPrincess est apparu en premier sur 1863.

]]>
Grandir est inévitable. Aussi excitant que terrifiant, devenir adulte est une aventure qui bouleverse notre quotidien. Presque quatre ans après son dernier projet Solo19, BabySolo33 revient avec SadBaby Confessions. Cet EP de 10 titres nous plonge dans la nostalgie de l’enfance de la jeune artiste. Plus mélancolique mais toujours aussi cloud, elle a partagé avec nous ses premières leçons2adulte.  

cover sadbaby confessions babysolo
Crédits : Lilian Hardouineau et Pela

A Paris, l’hiver est presque là. Malgré le froid, difficile de résister à la terrasse du restaurant dans lequel BabySolo33 nous donne rendez-vous. L’air amusé, elle commence à nous expliquer que, pour une sombre histoire de fuite d’eau, sa meilleure amie Margot et elle sont surclassées par leur hôtel. Désormais, elles ont une vraie suite de princesse, « avec la terrasse ».

Il faut dire que, pour la jeune artiste bordelaise, la chambre est un endroit important. Enfant, elle y passait déjà des heures. Souvent punie, elle abandonnait ses devoirs et mettait « en scred » les CD’s qu’elle avait trouvés dans sa maison. « Ma mère écoutait Sade, Michel Berger, Véronique Sanson, Etienne Daho et mon père écoutait davantage des tubes italiens, France Gall et Bobby Solo. [référence principale à son nom de scène allié au numéro de département où se trouve Bordeaux, sa ville natale, ndlr]. Ma grande-soeur écoutait quant à elle du punk rock, David Bowie, Kyo. » Un mix musical haut en couleurs, dont les sonorités pop sont loin d’être étrangères avec la musique que propose désormais l’artiste.

Aujourd’hui encore, la chambre reste pour BabySolo33 une bulle de solitude essentielle dans sa manière d’élaborer sa musique. C’est d’ailleurs ici qu’elle a commencé à enregistrer une partie des titres de son dernier projet. Pour « MiniSkirtJean », elle raconte s’être enregistrée avec un « mauvais micro et la fenêtre ouverte ». « Souvent, je me dis que c’est une maquette » sourit-elle. Un processus de création intime et spontané, mais qui apporte son lot de frustrations : « J’avais le timbre de voix qu’il fallait, la voix éraillée. Ça collait bien avec l’ambiance globale du son que j’avais envie de tester. Je suis allée au studio à Paris avec Sún Jún lors de l’enregistrement du projet. Il a fallu rec à nouveau mais ça ne passait plus. Ma voix n’était plus aiguë et éraillée comme elle l’était. J’ai dû l’enregistrer en plusieurs sessions. Je venais le matin à jeun, j’essayais de ne pas parler avant pour essayer d’avoir la voix la plus brute possible, alors que dans ma chambre ça s’était fait si naturellement. »

Grandir, c’est le dilemme

SadBaby Confessions est pourtant loin d’être un projet amateur. Quatre ans après avoir publié ses premiers titres sur Soundcloud, BabySolo33 semble avoir trouvé son identité artistique. Pour son nouvel EP, plus audacieux sur les visuels et mature dans les textes, elle nous partage ses réflexions les plus profondes sur les tiraillements qui l’animent : « Depuis que j’ai commencé la musique, je suis tiraillée par le fait que je n’ai pas envie de grandir. Plus ma carrière va avancer, plus on va voir ça comme thème, parce que c’est difficile pour moi de trouver ma place en tant que femme. Je ne veux pas que la vie m’oblige à perdre mes rêves d’enfant. Il y a cette dualité présente et j’ai voulu en parler. » 

Enfant ou adulte. Princesse ou ange déchu. Amour ou amitié. Nous le comprendrons au cours de nos échanges, BabySolo33 a décidé d’incarner toutes ces facettes à la fois. « C’est peut-être pour cela que ça peut être difficile de me cerner », ironise-t-elle. Ses dilemmes, la jeune femme en a bien conscience. Elle n’hésite d’ailleurs pas à les exposer dans son art, à la manière de la cover ou du clip de « Balayette » réalisé par Simon Stewart, où les couleurs marquées et le flow céleste se mêlent à des paroles crues, abordant le sujet des violences conjugales.

Du teen à l’horror movie

Néanmoins, c’est peut-être l’apparition d’un mystérieux trailer annonçant la sortie de SadBaby Confessions qui interpelle quant au tournant artistique emprunté par BabySolo33 et ses équipes. Malgré plusieurs collaborations remarquées (Roseboy666, Bricksy et 3G, Lala &ce et Low Jack), l’artiste était pourtant restée discrète quant à son retour en solo. Le 31 octobre 2022, jour d’Halloween, c’est devenu officiel : BabySolo33 n’est plus dans un teen, mais dans un horror movie.  

Ce disque, qu’elle décrit comme « plus sombre », rend hommage aux horror movies de son enfance : « J’adore les nuits américaines, le cinéma d’horreur des années 90 un peu mal fait. » Lorsque nous lui demandons ses inspirations pour le projet, ses premières réponses ne sont pas les traditionnels teen-movies kitsch américains auxquels nous aurions pu nous attendre. D’emblée, la jeune femme évoque un cinéma plus dur et adulte, comme celui de Gus Van Sant avec Paranoid Park ou Elephant.

Après plusieurs minutes de discussions, nous comprenons que, si BabySolo33 maîtrise parfaitement l’image de la starlette des années 2000 qui a fait son succès, une part d’elle reste loin de cette excentricité. Ce côté d’elle, moins assuré devant le miroir, l’artiste apprend à l’accepter, sans toutefois réussir à mettre des mots dessus. Le succès, la renommée ou même la scène la placent au centre des regards. Comment expliquer qu’une personne qui n’ait pas confiance en elle puisse se retrouver à remplir des salles et faire des apparitions en festival ? BabySolo33, elle, ne se l’explique toujours pas : « Je n’explique pas comment quelqu’un qui n’a pas confiance en lui peut se retrouver sur une scène à faire des concerts. » 

Elle nous confiera peu après avoir eu « la chance » de s’en sortir en faisant de la musique : « Cette façon de faire de l’égotrip et de la musique est comme une psychanalyse. Je mets sur le papier, c’est mon journal intime et à la fin j’en fais des sons. C’est ce qui rend la chose difficile quand je fais écouter ma musique à des gens ».

« Mais pourquoi j’fais pas comme dans ma chambre
Quand j’suis sur scène
Tous les jours c’est la même histoire
Je me regarde dans le miroir
J’suis pas à l’aise avec moi-même
Donc il ne peut m’aimer
C’est le dilemme »

BabySolo33 –   NellyKelly

« J’ai l’impression de perdre ce pétillement »

Depuis que BabySolo33 a fait son entrée dans le monde des adultes, la monotonie et les responsabilités font partie de son quotidien. La princesse bordelaise ne peut plus être aussi rêveuse qu’avant : « Quand tu es petit, personne ne t’embête. Tu peux rester des heures à réfléchir, penser, créer, jouer, être dans ton imaginaire. Quand on devient adolescent, on sort, ce sont les premières vraies amitiés, amours, expériences. Tu es mal, puis après tu es bien… Il y a de l’insouciance que j’aimerais garder. Parfois, je voudrais ne pas savoir les choses. Tu grandis trop vite en prenant conscience. Mais c’est inévitable. » La fin de l’insouciance dont elle parle pourrait s’amplifier lorsque l’on voit nos parents faillir, pleurer face à des « problèmes d’adultes » et que nous sommes incapables de réagir. La première phrase du projet décrit cette blessure :

« Et je vois ma maman qui cry sans que je ne sache agir
Pas de potion magique
Non
Plus rien à redire
La maison faut qu’j’m’exile »

BabySolo33 – MiniSkirtJean

En en prenant conscience, elle explique que même ses références ont désormais un goût amer. Les Totally Spies, symbole de son trio avec ses meilleures copines, Buffy contre les Vampires, Yung Lean, Bladee, les teen-movies, tant d’éléments toujours présents et symboliques de BabySolo33 sont aujourd’hui assimilés à un temps passé : « Une fois que ton cerveau a emmagasiné quelque chose, ça reste. En revanche, même si ça fait partie de mon identité, ce sont des choses que j’écoute et regarde moins. […] On passe à autre chose. Par exemple, il y a quatre ans je disais à Margot et Lisa, mes Totally Spies, que si je devenais une star je leur achèterais une grande villa comme dans nos films préférés et on y vivrait ensemble. Avec le temps, je me suis rendue compte que si un jour j’y arrive et que je peux acheter cette villa, elles ne seront pas avec moi. Une page s’est tournée.»

Devenir adulte est frustrant. Cette perte d’innocence rend le monde « fade », malgré l’incroyable évolution artistique de la jeune bordelaise ces dernières années. À l’affiche des plus grands festivals cet été (Dour, Grünt Festival, Solidays), elle nous raconte pourtant avoir perdu quelque chose : « J’aurais aimé que ça dure plus longtemps, retourner en enfance et faire tout pareil parce que c’était les meilleurs moments de ma vie. Maintenant, je commence à trouver tout ennuyant. Même s’il m’arrive de belles choses, je pense perdre ce pétillement enfantin. »

« Ce projet parle de ceux qui m’entourent. »

Tout pour le Whoop

Pourtant, BabySolo33 n’a jamais réellement été seule. Son « Whoop », en référence aux Totally Spies, a toujours été à ses côtés. Après avoir échangé un regard complice avec Margot, elle nous explique : « J’ai toujours été bien entourée de mes meilleures amies qui ont été là pour moi par tous les moyens, depuis toute petite. C’est pour ça que je n’ai pas la peur du succès, du changement de perception des autres. Entre nous, ça a toujours été comme ça.»

En réalité, SadBaby Confessions n’est pas qu’une introspection. C’est une dédicace à ses proches à qui elle rend hommage. Pas étonnant que le seul morceau en featuring, avec Floki et le Chamal, soit un produit 100% bordelais. « 33Story » est une collaboration naturelle et instinctive. Du point de vue de chaque artiste, le morceau dépeint l’ennui et l’envie d’ailleurs. Cette performance narrative et musicale se marie parfaitement avec l’ensemble du projet.  « Je trouvais qu’il y avait, dans la façon dont Floki et le Chamal racontent des histoires, un côté narratif et cinématographique. Dans leurs sons, j’arrive à me rendre compte de ce qu’ils disent et à me le réapproprier.»

Crédits : @lilian.hrdn

À ses côtés dans sa musique comme dans la vie, BabySolo33 multiplie les dédicaces à ses copines sur des morceaux comme « BFF<3 » ou « Tout pour le Whoop »« Ce projet parle toujours de ceux qui m’entourent. Mais j’y pense quand je suis toute seule chez moi. Ce sont des souvenirs, des faits relatés.»

Dans ce morceau, l’artiste aborde aussi ses constats et son rapport au fait de devenir une femme parfois peu évidente : « Cette musique permet de se rendre compte qu’être une fille c’est être une guerrière. Quand je dis « je me lève je vois le blood » et que tu te réveilles un matin, que tu saignes, c’est glauque, c’est chiant. On n’en parle pas assez de ce moment mais on est des guerrières. Dire « j’ai plus peur d’être seule, j’ai plus peur d’être une fille, me permet de me sentir invincible. »

BabySolo33 affirme ses choix artistiques et reste fidèle à ses débuts. Avec SadBaby Confessions, l’artiste s’ouvre davantage à son public, en lui partageant ses réflexions les plus intimes. À la fois princesse et ange déchu, vampire et petite fée, elle délivre un message simple mais essentiel : « Nos rêves d’enfant, on peut tous les réaliser. Il faut le faire en acceptant la dualité de la vie car tout coexiste. Ce sont des moods, des étapes de vie, comme dans les films lorsque tu vois grandir une personne. Je ne vois pas pourquoi je devrais me cantonner à être une seule personne ou émotion, alors que c’est tout ça qui me constitue. » 

En attendant la suite, BabySolo33 vous invite le 1er décembre au Point Ephémère à Paris pour votre première boum… qui affiche déjà complet. 

L’article BabySolo33, confessions d’une SadPrincess est apparu en premier sur 1863.

]]>
Les communautés de solitaires dans la musique : le Doomer http://1863.fr/doomer-communaute-solitaire-musique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=doomer-communaute-solitaire-musique Wed, 26 Oct 2022 17:00:00 +0000 http://1863.fr/?p=6302 Chercher sa place dans le monde n’est pas un long fleuve tranquille. Nous sommes souvent confrontés à une réalité qui ne correspond pas à nos attentes depuis notre plus jeune âge. Mais il subsiste un moyen qui nous permet d’exprimer notre frustration : l’art. La musique ne peut pas exister sans rencontre et partage. Dans…

L’article Les communautés de solitaires dans la musique : le Doomer est apparu en premier sur 1863.

]]>
Chercher sa place dans le monde n’est pas un long fleuve tranquille. Nous sommes souvent confrontés à une réalité qui ne correspond pas à nos attentes depuis notre plus jeune âge. Mais il subsiste un moyen qui nous permet d’exprimer notre frustration : l’art.

Crédits : Simon Stewart

La musique ne peut pas exister sans rencontre et partage. Dans le passé déjà, il était commun de se retrouver dans des salons. On pouvait y trouver un certain Chopin proposant ses nocturnes ou une Pauline Viardot, suivie par Ivan Tourgueniev, chantant des airs d’opéras. Néanmoins, ces pratiques étaient restreintes à des classes sociales supérieures. Un changement dans la transmission de la musique a eu lieu. Dès les périodes disco, rock puis éléctro, pop et rap, le public des concerts s’est élargi. Le passage à l’ère numérique a révolutionné nos habitudes. Le streaming a ouvert un catalogue infini d’artistes et d’albums à n’importe quelle personne habitant sur la planète Terre. Allié aux réseaux sociaux, ces nouvelles connexions ont engendré de nouvelles communautés, y compris les plus improbables.

L’histoire du Doomer

Le Doomer est un personnage de meme apparu en 2018 sur 4chan, célèbre forum anglophone.

doomer

Le Doomer, âgé de 23 ans, a été imaginé pour décrire la santé mentale des vingtenaires. Il met en avant des caractéristiques propres à chaque personne en quête d’identité, s’abandonnant à l’errance tout en essayant d’y échapper par abus de substances diverses. Il est pessimiste, nihiliste, vit d’imagination, rumine. Le Doomer se livre à la musique qui agit sur lui comme une bouée de sauvetage et un punching-ball à la fois. Malgré son amour pour la solitude dans laquelle il se conforte, le Doomer souhaite interagir avec l’autre. Il rêve de rencontrer une âme compatissante. Rapidement, le Doomer s’est universalisé dans la culture meme des réseaux sociaux. Les internautes l’emploient pour introduire une forme d’ironie tout en exprimant leur mal-être. La figure de ce personnage a ensuite été détournée sur YouTube dans des playlists musicales à son effigie. Sans surprise, toutes aussi mélancoliques, pessimistes et critiques.

Dans un premier temps, le personnage du Doomer a été inspiré des grands courants rock britannique des années 90 comme The Smith, The Cure ou Radiohead. Ces playlists sont novatrices car elles ne cataloguent pas les musiques en fonction de leur genre, mais par rapport à un état mental. Le Doomer a permis de redonner un second souffle à ces artistes auprès d’un public plus large pour lequel ce répertoire n’était pas familier mais qui se reconnaissait dans le meme.

Découverte et explosion des Doomers russes

C’est en Russie que le Doomer a trouvé sa place en tant que chef charismatique. En échangeant avec l’influenceur et streamer moscovite Yuriy Mishin (@yuriy_mishin), ce dernier n’est pas surpris de cette proximité entre l’apparition des playlists Doomer et la population elle-même, au contraire : « Pourquoi cela nous est-il si proche ? Mais c’est parce que ce personnage et ces musiques reflètent totalement la vraie vie des gens de l’Est depuis plus de 50 ans. Ils sont nés en pleine période de chute de l’Union Soviétique, ont connu les dures années 2000, 2007, la crise, la guerre. Tout cela a énormément impacté le niveau émotionnel des jeunes. […] Le Doomer s’en fiche de tout. Il ne fait que (sur)vivre en quelque sorte. Ce sont des personnes qui ne vivent que de cette nostalgie constante. Et si l’on dessine en plus l’atmosphère, l’architecture et la mentalité de la Russie… le Doomer est juste une personnalité classique ! »

Le fond introduit une image des immeubles dits « Khrouchtchevka » connus pour leur manque de confort et une certaine insalubrité. Le temps nordique, sombre et pauvre ne laisse place qu’à une froideur constante. Les jeunes errent la nuit. Parfois, ils croient ressentir la vie par une lumière jaillissante d’une fenêtre. La section commentaires de ces playlists YouTube rejoint la pensée de Yuriy. Les utilisateurs expriment une profonde solitude, un isolement économique et social, une insatisfaction de vie, voire un appel à l’aide.

commentaire russe doomer

Ici, @doomerguy exprime son désolement : « J’en ai assez de vivre dans ce monde dans de telles conditions. La guerre, les morts, les âmes déchues, la pauvreté. Je suis venu ici simplement pour me reposer de tout ça. Je suis fatigué de voir comment souffrent les gens durant cette guerre. Paix sur vous. » De même, ce sont principalement des groupes connus pour avoir raconté la vie réelle du pays qui y sont en vogue. De l’iconique groupe Kino au plus moderne Molchat Doma, les paroles symbolisent malgré elles l’intériorité de ces jeunes Doomers :

« Un bassin de lit émaillé
Une fenêtre, une table de chevet, un lit
La vie est dure et inconfortable
Mais c’est confortable de mourir.
[…]
Et j’essaye de me relever
Je veux la regarder dans les yeux
La regarder dans les yeux et pleurer
Et ne jamais mourir, ne jamais mourir…»

Sudno par Molchat Doma, d’après le poème de Boris Ryzhy

Paradoxalement, cette multitude de solitaires a permis de créer des amitiés improbables. Victor, un utilisateur rencontré sur une Doomer playlist, raconte : « J’ai rencontré Natalia il y a quelque temps grâce à ces playlists. Au lycée, je me souviens avoir pas mal traîné sur YouTube comme tous les gars de mon âge. Un jour j’ai partagé un commentaire sur un coup de tête. J’allais pas bien, il fallait que ça sorte, ça me paraissait plus vivant. C’est là qu’elle m’a répondu. On a commencé à parler, on s’est rendu compte qu’on se comprenait et je me suis senti un peu moins seul. Depuis on est deux Doomers seuls, c’est plus fun. Un ami a rencontré sa copine comme ça. C’est cette musique et ce moyen de la partager qui nous aide. »

Reconnaissance mondiale

Ces chaînes YouTube ont peu à peu pris de l’ampleur, jusqu’à atteindre plus de 13 millions de vues sur certaines compilations. L’expansion de ces playlists a attiré l’attention d’un public mondial. Des internautes étrangers disent comprendre l’émotion vécue par cette population, sans pour autant connaître la langue du pays. Certains rapportent leurs expériences ou partagent leur soutien. Face à cette reconnaissance, des lives où de nombreuses personnes échangent sur leurs parcours sont apparus. Aujourd’hui, on peut retrouver des Doomer playlists pour chaque pays. La France en connaît plusieurs, organisées par artistes, genres ou époques.

Certaines musiques présentes dans les Doomer playlists françaises sont sujettes au sarcasme. Malgré tout, il est touchant de voir que ces compilations créent toujours de vastes communautés de solitaires en s’appuyant sur un meme. D’abord esseulées, ces utilisateurs trouvent finalement une épaule sur laquelle s’appuyer. En plus de partager des goûts musicaux, elles comprennent « émotion pour émotion » ce que l’autre ressent. Plus que des échanges virtuels, les Doomer playlists seraient des moteurs d’empathie, un point de rencontre où ressentir des feelings ensemble est possible.

Cette icône du Doomer n’est pas une exception dans l’univers des playlists YouTube à thèmes : « playlist to sing in the car », « this playlist will make you feel like a 19th century villain », « when you’re with your favorite person ». De nombreux créateurs proposent déjà de nous concocter une playlist sur mesure en fonction de notre occupation ou notre ressenti. La tristesse est loin d’être ce qui différencie les Doomer playlists des autres : après tout, l’isolement et la mélancolie sont des leitmotiv plus que courants dans l’art. La musique est également un vecteur puissant pour exprimer les travers de sa condition sociale. Les chansons du groupe Kino dans les Doomers playlists russes décrivaient un univers post-guerre précaire, isolé et meurtris par les innombrables pertes humaines.

Mais ce besoin est lui aussi commun dans l’art : le passage à la musique moderne brisait les codes avec la naïveté romantique, l’union communautaire créée par NWA, la monotonie d’une vie par Orelsan. Des artistes comme Yung Lean (et le Drain Gang), Lil Peep, XXXTentacion ont importé à échelle mondiale l’expression de la frustration, l’addiction, la mélancolie ou l’amour dans un registre novateur qui a bouleversé la façon de composer et d’imaginer la musique tout en forgeant autour de cette vision une nouvelle communauté.

D’un point de vue francophone, les émergences entre autres de Nyluu, Ucyll ou Winnterzuko ont imposé l’idée que de nouveaux moyens pour s’exprimer et se retrouver grâce à la musique sont possibles et entraînent avec eux un public large, fidèle et attentif. Plus généralement, ce désir d’appartenance, de cohésion avec l’autre se ressent également dans l’univers hyperpop qui a permis un rassemblement des communautés LGBTQIA+ autour de ce genre musical. Si les exemples peuvent être nombreux, la nécessité de l’exprimer par la musique est nécessaire et unique.

C’est ce qui fait le charme de ce Doomer : il illustre ce besoin de s’attribuer un symbole, ici le meme, pour exprimer sa frustration, son isolement, sa mélancolie. Le Doomer démontre aussi que la portée des mots est limitée. Ce sont dans ces instants que la musique prouve une fois de plus sa force universelle où les moyens d’innovation sont infinis, tant qu’il y aura des sentiments.

L’article Les communautés de solitaires dans la musique : le Doomer est apparu en premier sur 1863.

]]>