On a discuté avec le fondateur de Raplume, à l’occasion de la sortie de la mixtape « Le chant des oiseaux »

C’est sur les notes de son téléphone qu’Alvaro Mena, fondateur de Raplume, a commencé à dessiner les plumes de ce projet, il y a deux ans. Réunissant oisillons et aigles du rap français, « Le chant des oiseaux » s’envole aujourd’hui sur toutes les plateformes. Façonnée autour de la puissance des sentiments, c’est une chanson d’espoir que nous murmure le média.

Salut Alvaro. Beaucoup ici connaissent Raplume, mais peu savent réellement qui se cache derrière. Tu peux nous en dire plus sur toi, pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Hello ! Du coup moi c’est Alvaro, j’ai lancé Raplume en 2016. Au départ, c’était juste un compte Twitter sur lequel je postais les phrases qui me marquaient dans le rap. Avec le temps, ça s’est élargi. On a fait un site puis on s’est développé sur tous les réseaux et aujourd’hui, peu à peu on se place comme un média rap à part entière. Me concernant, j’ai 21 ans, je suis en train de valider un bachelor en école de commerce et j’espère me consacrer pleinement à Raplume dès celui-ci validé (et le confinement fini, du coup).

Tu as présenté les motivations qui t’ont poussé à la création. On sait qu’à travers ce projet, tu as voulu rendre hommage à ton grand-père décédé. Tu peux nous raconter comment tu as procédé pour illustrer tes sentiments via le rap, alors même que tu n’es pas artiste ? 

Peu après son décès, j’ai vite eu ce nom, « Le chant des oiseaux », en tête. J’ai trouvé ça tellement poétique et lourd de sens que je voulais absolument faire quelque chose autour de ça. Je l’ai noté sur mes notes iPhone et j’ai commencé à y réfléchir. J’ai un peu eu toutes les idées en tête, j’ai même pensé à faire un son moi-même !

Au final, en lien avec mon projet actuel, Raplume, l’idée de la compilation est vite entrée dans ma tête. J’en ai d’abord parlé à HZY, qui est le premier artiste du projet, et avant tout un ami. Il a direct été chaud, et je lui ai confié avec Danyl le titre éponyme. C’est d’ailleurs le seul morceau du projet qui a été écrit en lien avec mon grand-père.

Aussi, ajouter l’amour à ce projet était pour moi une évidence. C’est un sentiment fort et universel, et quelque chose qui tenait beaucoup à cœur à mon grand-père, ainsi qu’à moi-même.

Le chant des oiseaux, d’un morceau à l’autre, représente donc différentes facettes du sentiment amoureux, différentes étapes de la relation. Rencontre avec l’oiseau rare, ou histoire sans lendemain avec un oiseau de nuit ; amour qui donne des ailes, ou histoire dans laquelle on laisse des plumes ; miroir aux alouettes, dont l’illusion nous prend au piège ; prises de bec et couple qui bat de l’aile ; la liste serait longue…”

Raplume

Parle-nous des artistes présents sur le projet. Comment tu les as choisi ?

Pour les artistes, comme je l’ai dit, dans un premier temps j’ai demandé à HZY & à Danyl. Ils étaient chauds, je me suis donc dirigé vers des artistes que j’écoute et que j’apprécie. J’ai aussi été aidé par Antonia, qui m’a soumis S-Cap ou encore Roxane, grâce à qui j’ai découvert Clara Charlotte et qui m’a permis d’entrer facilement en contact avec USKY !

Pour Haristone, on le suit depuis longtemps avec Raplume. Dès que je lui ai proposé, il a accepté sans broncher. Pareil pour Jok’air, on avait besoin de représenter l’amour charnel, et qui le fait mieux que lui dans le rap français ? Il a accepté directement. C’est franchement une des personnes les plus gentilles que j’ai rencontré dans ce milieu.

Hotel Paradisio & Luni ce sont aussi deux artistes que l’on suit depuis pas mal de temps sur le projet, et leur proposer était une évidence. Luni a invité Juice sur son morceau pour notre plus grand plaisir, car c’est un artiste qu’on aime beaucoup également. Leith c’est aussi un gars qu’on suivait depuis quelques temps, et son univers collait à 100% avec ce qu’on cherchait.

Pour Ave Purple, c’est un peu différent, tout simplement car je lui ai proposé… Il est dans ma promo, et il est très bon. Pour la petite anecdote, le morceau aurait pu être en featuring avec Zamdane.

Dina je ne la connaissais pas de base. Et alors qu’on cherchait des voix féminines pour le projet je suis tombé par hasard sur une vidéo insta… je lui ai proposé direct !

P-dro c’est aussi un des premiers à qui on a demandé. Tout le monde dans l’équipe le trouve très chaud, mais aussi très précis dans ses morceaux qui parlent d’amour. Il apporte quelque chose de différent, se mettant d’un point de vue extérieur, ou en prenant le point de vue de tout le monde (Allez écouter son morceau « Galaxy » si ce n’est pas déjà fait!).

Enfin, pour être honnête, les deux derniers à avoir été invité étaient Smeels et Le Club. Ça c’est fait au dernier moment, et pour notre plus grand plaisir. Ils sont très chauds, et la connexion a été très efficace.

Pour Dinos, on travaille souvent avec SPKTAQLR (son label). Quand on a proposé à Oumar il a été chaud direct ! On cherchait quelqu’un avec une voix qui te transporte et te fait ressentir des émotions, c’était donc une évidence…

Et les textes, ils ont été rédigés par chaque artiste individuellement ?

Sauf pour le teaser et l’interlude de Dinos, rédigés par la brillante Antonia M., prof’ de français et ancienne rédactrice Raplume.

Ton inspiration provient directement de différents sentiments tels que l’amour, le deuil, l’espoir, c’est quoi exactement le message que tu tiens à véhiculer à travers ce chant d’oiseau ?

Pour moi, l’amour c’est le sentiment le plus fort. Plus que la haine, plus que la joie plus que tout ce que tu veux. Ça peut paraître assez bateau, mais ça a toujours été ma philosophie, j’y ai toujours accordé une grande importance. C’est quoi une vie sans amour?

La tracklist du projet d’ailleurs, je la vois un peu comme ça. On commence avec un morceau qui parle de deuil, de renouveau, et on enchaîne avec des morceaux qui parlent de rencontre, puis d’amour et enfin de haine. Car la vie c’est un cycle, et ce cycle il est dirigé par l’amour. J’ai surmonté le deuil de mon grand-père grâce à l’amour, grâce à une personne que j’ai aimé et qui m’a aidé à vaincre cette épreuve. Aujourd’hui, cette personne n’est plus à mes côtés, et ce « deuil amoureux », je le surmonterai certainement encore avec l’amour. C’est ce cycle que j’ai essayé d’expliquer dans « Le chant des oiseaux ».

Ces oiseaux justement, ils semblent occuper une place assez symbolique dans ta vie. « Raplume », « Le chant des oiseaux »… L’oiseau a d’ailleurs plusieurs significations selon les cultures. Laquelle t’es-tu appropriée pour construire cet univers ? 

L’idée de base découle de la passion de mon grand-père pour l’ornithologie. Ensuite, tout un monde s’est construit de manière assez évidente : la plume, le chant… Ce n’est pas quelque chose qui me touchait de base quand tout a commencé, mais qui s’est très vite retrouvé omniprésent. Pour les significations, je pense que le plus simple c’est de se référencer au teaser et à l’interlude, tout y est dit.

D’ailleurs, le chant des oiseaux est une langue qui nous est inconnue. Après un décès, les mots peuvent manquer pour exprimer ce qu’on ressent face à une telle perte. Imager cette douleur à travers le ramage, c’est une jolie métaphore et un bon moyen pour exprimer l’absence des mots. Tu y as pensé directement ?

C’est vrai que dans la vie, je suis quelqu’un qui ne parle pas forcément beaucoup et exprimer sa tristesse, son deuil avec de l’art, avec de la musique, avec des images, c’est quelque chose qui m’a vite parlé. Mais ce n’est pas vraiment la douleur du deuil que j’ai voulu représenter. Plutôt la beauté de quelque chose, des oiseaux, de leur chant et de l’amour. Je n’ai pas voulu imager la douleur, mais plutôt l’espoir.

Comment tu as guidé les artistes pour qu’ils suivent individuellement ce fil conducteur qu’on retrouve sur ces 15 titres, en restant proche de ce que tu voulais exprimer initialement ?

La consigne donnée aux artistes était assez simple : « Parle d’amour, de sexe, de rencontre, de rupture, de ce que tu veux ». On a vu avec tout le monde pour garder une cohérence et ne pas avoir un projet qui parle que de sexe ou de rupture, et au final chacun a fait son morceau. On a pas voulu trop influer sur l’axe dans lequel l’artiste aborde l’amour car justement les différences entre les visions de chacun, c’était essentiel. Nous avons tout de même lié certains morceaux entre eux, en accord avec les artistes. (Cf. le morceau « Carmen » et l’interlude par exemple…). D’ailleurs, quand je parlais de haine, le titre de « Crève Salope » de USKY m’a quand même brusqué au début ! Mais au final, il conclut le projet à la perfection, le morceau est vraiment excellent.

C’est plutôt exclusif qu’un média spécialisé soit à l’initiative d’une mixtape. Selon toi, comment le public va l’accueillir ?

Je ne veux pas me porter l’œil ! J’espère qu’il l’appréciera…Je suis assez impatient, je ne stresse pas vraiment, car j’ai fait ce que je voulais faire. La cover, les morceaux, le teaser, tout ressemble à ce que je voulais. J’espère maintenant que ça plaira aux auditeurs, et qu’ils pourront découvrir de nouveaux artistes !

On a kiffé la cover, elle plonge directement dans l’atmosphère du projet. D’ailleurs, le cœur est une référence à PNL ? 

C’est marrant que tu dises ça, ce n’est pas la première fois qu’on me le dit. De base, c’était une évidence de faire figurer un cœur sur la pochette, on parle d’amour quand même ! Mais c’est vrai qu’il peut faire penser au « cœur QLF ». Ce n’est pas vraiment une référence recherchée, mais ça ne me dérange pas que ça en devienne une. La musique de PNL m’a beaucoup accompagné pendant mes moments difficiles, donc, au final, c’est assez logique. 

Elle a été réalisée par qui ?

Justement, c’est peut être pour ça que ça t’a fait pensé à PNL… c’est Igniseum, celui qui a réalisé la dernière cover de DTF ! Il est resté dans son univers… En vrai, je lui ai donné mes consignes, et il a vraiment mis en image ce que j’avais en tête, j’ai vraiment été agréablement surpris. Il est très très fort, et je vous invite à aller voir son travail.

cover raplume le chant des oiseaux
tracklist raplume le chant des oiseaux

Tu vas faire quoi jeudi à minuit, quand ton projet aura pris son envol en pleine jungle du streaming ?

Jeudi minuit, je serai sûrement en train de lire chaque commentaire sur le projet, avec les nouveaux albums de Kekra, Haristone & Tsew dans les oreilles.

Ça représente quoi à l’échelle de Raplume ? C’est un tournant ambitieux pour le média, ça signifie qu’on doit s’attendre à quoi pour la suite ?

J’espère que ce sera un tournant. En tout cas, c’est le projet qui me tient le plus à cœur et celui qui m’a demandé le plus de temps. Je sais que beaucoup nous voient juste comme « un compte Twitter » et non pas un média. J’espère que ce sera le début de la fin de cette vision ! D’abord avec ce projet, puis avec d’autres.

Tu as une anecdote à nous raconter pour terminer ?

Hm… Lonepsi, Tsew The Kid & Zamdane auraient dû être sur le projet.

Y aura-t-il un après « Le chant des oiseaux » ? Tu as d’autres projets en tête ?

Oui ! Plein de projets… j’espère vraiment amener Raplume à une autre échelle… après le confinement !

Siloé Ordonez

Kekra est au rap ce que Luffy est à la piraterie