La Fève, portrait d’un prodige du rap français

Originaire du 94 à Fontenay-sous-Bois, La Fève baigne dans la musique depuis toujours. C’est en 2015 qu’il commence à écrire avec un ami à lui. Il se lance ainsi plus sérieusement dans la musique, et ce seulement depuis 1 an, chose que l’on n’aurait jamais imaginé aux vues de la qualité de son dernier projet, KOLAF. À l’occasion de sa sortie, nous sommes allés à sa rencontre, pour y voir plus clair sur la personne qui se cache derrière l’un de ces deux démons oranges.

La Fève
@Walonestuff

Vision

Il est de ceux que l’on a connu sur SoundCloud et qui a su se démarquer et s’imposer en tant que pilier de cette scène francophone si particulière. Avec son univers, et fidèlement suivi par son public, il commence au fur et à mesure à prendre de l’assurance, à proposer des titres comme il l’entend, et suivant son rythme. Véritable liberté donc, qui s’accompagne d’une persévérance sans faille, le menant là où il en est aujourd’hui. Tous ces tâtonnements et tout ce travail sur le réseau social lui ont permis de prendre confiance en lui : « Je peux publier en détente des morceaux que j’ai enregistré la veille, car sur ce réseau les gens jugent la musique sans a priori. »

Alors, pourquoi prendre son envol de ce cocon protecteur et s’exposer aux grandes plateformes mainstream et au regard médiatique, ainsi qu’à l’avis d’auditeurs moins avertis ? On peut y voir, et il le dit lui-même, une volonté de toujours s’améliorer, et d’être toujours plus exigeant : « Sur les plateformes, j’essaie et j’essaierai de présenter un contenu plus professionnel, mais du coup moins spontané. » Opiniâtre comme nulle autre, sa détermination n’impose qu’une certitude : quoiqu’il en soit, il réussira dans son domaine. Mais s’il veut prendre la couronne, alors La Fève ne se repose pas pour autant sur ses lauriers, en témoigne ce projet admirablement bien conçu qu’est KOLAF.

Préparation

Mais comment passer sereinement de la scène SoundCloud à un projet très sérieux diffusé sur les grandes plateformes et sous le feu de la critique des médias ? Ressenti à chaud, c’est un soulagement pour lui, le travail paie : « Je suis content, mon auditoire s’est élargi, le projet est bien reçu ». 

La Fève
@Walonestuff

En réalité, le projet était déjà bouclé depuis 6 mois maintenant – on se doute bien que le processus était long, aux vues de la qualité du projet. Aucun détail n’a été laissé au hasard. La Fève fait preuve, aux côtés de Kosei, d’un millimétrisme rarement égalé sur un premier projet. Si on ressent leur perfectionnisme et leur recherche de précision, La Fève explique notamment « la galère » autour du montage du projet.

Habitué à la spontanéité SoundCloud et à sa recette personnelle, tous ses morceaux sur ce réseau ayant été entièrement produits et mixés par lui-même, il se retrouve confronté cette fois-ci à ses propres aspirations et aux difficultés de travailler avec autrui : « On a dû reposer les maquettes en studio. Ça ne sonnait pas pareil, on a refait des séances. Ensuite, il a fallu trouver un ingé son. Pareil, on a essayé avec lui, ça n’a pas fonctionné, on en a trouvé un autre. Bref, une galère. »

Connexion

L’EP, d’une qualité rarement égalée sur un premier opus, est le fruit d’une alchimie. Entre Kosei, beatmaker derrière chaque titre, et La Fève, c’est une connexion musicale qui dépasse ce qu’on a l’habitude d’entendre. Loin des collaborations artificielles, on sent en eux une ligne directrice commune, à laquelle les deux se tiennent à merveille : « On s’est rencontrés via un projet avec Khali. On a enchainé les titres et naturellement on s’est regroupés sur une tape commune. » L’oeuvre de cette formidable affinité musicale se dessine ainsi comme étant la bande son d’un bal funeste. Les deux artistes nous font danser entre les morts, d’une patte qui leur est tout à fait propre et incomparable à quelconque autre. La richesse des prods, le travail vocal et l’univers très personnel sont tant de points qui placent KOLAF très haut parmi les projets francophones sortis ces dernières semaines. 

Cover KOLAF

Entre moi et la prod, t’as capté l’alchimie. 

Alchimie – La Fève & Kosei

Et quand on vous parle de perfection, impossible de déceler quelconque once d’inexpérience à la seule vue de la cover de l’album. Elle est si réussie qu’elle a sans aucun doute attiré bon nombre d’auditeurs. À la fois sibylline et colorée, la cover parvient à associer un côté démoniaque à quelque chose de presque cocasse. Quoiqu’il en soit, l’oeuvre de Pablo Prada est une réussite. La Fève nous raconte la rencontre : « En creusant sur Instagram, je suis tombé sur son travail, j’ai direct accroché. » Inspiré par American Gothic, la peinture de Grant Wood à laquelle on retrouve moultes références dans la pop culture, le rappeur esquisse quelques croquis que l’artiste a réinterprété à sa façon, donnant lieu à « cette masterpiece ».

Projection

Concernant les collaborations, La Fève est très précis sur ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. Dans tous les cas, ce qui ressort avant tout, c’est à quel point il reste fidèle à lui-même : affinité et liberté avant tout. « Beaucoup de gens voient les feats comme une nécessité, mais je ne sais pas pourquoi je trouve ça un peu malsain de faire de la musique avec des gens que tu ne connais pas ou que tu n’écoutes pas un minimum. », confie-t-il. Il préfère à ce titre s’accorder musicalement avec les rappeurs avec qui il sent un potentiel artistique, « pas juste pour faire des streams ». Loin d’être fermé à de nouveaux horizons, il se dit « prêt à rencontrer de nouveaux univers » et éventuellement collaborer avec « un 3010, un Ateyaba ». Et quand il atteindra le firmament ? « Une grosse tête américaine comme un Gunna ou un Young Nudy ». 

La Fève & Khali
@Walonestuff

Ce que nous livre La Fève dans son interview, on le touche déjà des doigts avec son EP. On a affaire à un artiste authentique et déterminé, avec un univers musical très marqué qui ne laisse pas indifférent. Sur SoundCloud ou sur les plateformes, il impose sa vision et son style. On attend donc avec hâte la suite qu’il semble d’ores et déjà préparer.

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