Ces clichés célèbrent le rap francophone, leurs photographes nous les racontent

L’imagerie dans le rap occupe une place centrale : elle l’accompagne visuellement et le documente. Nombreux sont ceux qui immortalisent l’authenticité des processus de création artistique. Mais en dépit de leur talent, professionnels de l’image peuvent souffrir d’un manque de reconnaissance de leur travail, en raison de la négligence des crédits. Pourtant, le rap a besoin de ces regards affinés pour exister visuellement. On leur a donné la parole pour qu’ils nous racontent le contexte de leurs créations les plus marquantes. Il est temps de mettre un nom derrière vos photos préférées, et de rendre à César ce qui est à César.


ANTONIN N’KRUMA

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Isha – Eurockéennes de Belfort

Isha
© ISHA – Antonin N’kruma

« Cette photo d’ISHA je l’ai prise aux Eurockéennes de Belfort. Ça devait être peu de temps après son concert. Le cadre était vraiment cool, la scène était posée sur un lac. On discutait sur le retour aux loges, je lui ai simplement demandé de poser devant le lac car j’ai vu cette lumière qui m’a interpellé. Je me suis dit qu’il y avait moyen de faire une photo sympa. J’avais déjà fait des photos avec lui, c’est un artiste que j’apprécie beaucoup. »

Laylow – Olympia à Paris

Laylow
© LAYLOW – Antonin N’kruma

« Cette photo je l’ai prise pendant son concert à l’Olympia en mars dernier. J’ai rencontré Laylow il y a plusieurs années déjà, j’avais passé quelques jours avec son équipe et lui en Espagne sur le tournage d’un clip. À l’époque, je ne savais même pas qu’il faisait de la musique. Mais après notre séjour, je suis allé écouter par curiosité et je me suis vraiment pris son univers.

Depuis, je suis vraiment ce qu’il fait. Ça faisait déjà un moment que je voulais le shooter et j’ai eu la chance de pouvoir capturer tout son concert à l’Olympia. Il y avait une ambiance de folie. Pour te dire, mes 20 premières photos étaient toutes floues tellement le sol tremblait à son arrivée sur scène. C’était pas simple. Beaucoup de lumières différentes, un gros décor de scène, mais je suis content du résultat. En tout cas, gros merci à lui et à toute son équipe pour la confiance ! »

Nekfeu – Londres

Nekfeu
© NEKFEU – Antonin N’kruma

« C’était en août 2017 il me semble. J’étais parti quelques jours avec mon gars Georgio à Londres pour profiter du Carnaval de Notting Hill. Une fois sur place, on a rejoint Nekfeu qui était venu enregistrer à Londres. Ils avaient loué une baraque dans le quartier, on a passé quelques soirées là-bas quand on n’était pas tous en vadrouille dans le festival. C’était bonne ambiance, on était tous autour de la table en train de discuter.

Puis la pièce s’est vidée, c’est à ce moment-là que j’ai pris cette photo. J’avais emmené un petit Canon argentique avec moi pendant le voyage, histoire de capturer quelques moments de vie. J’ai développé cette photo dans ma salle de bain une fois rentré en France. Pendant le tirage je me suis amusé à bouger la pellicule du porte-film, ce qui donne cet effet en laissant apparaître un aperçu de la photo suivante sur ma pellicule. »


TETSUYA

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S.Pri Noir – Tournage de « Dystopia »

S.Pri Noir
© S.PRI NOIR – Tetsuya

« Cette photo de S.pri Noir est extraite d’une série de photos prises lors des 4 jours du tournage de « Dystopia ». Dont un en particulier où l’on à pu shooter avec un cheval dans les rues de Paris ! »

Tournage de « Paris c’est magique » de Leto

Paris c'est magique
© PARIS C’EST MAGIQUE – Tetsuya

« Celle-ci c’est une photo que j’ai prise lors du tournage de « Paris c’est magique » de Leto. C’était un sacré tournage où on a fait tout le 93. Elle a été prise à Bobigny je crois. »

Green Montana

Green Montana
© GREEN MONTANA – Tetsuya

« Cette photo de Green Montana est l’une de mes plus récentes et une de mes créations en couleur dont je suis le plus fier pour l’instant ! »


AXEL VANHESSCHE

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13 Block – Shoes Up

13 Block
© 13 BLOCK – Axel Vanhessche

« Voici mon premier shooting d’artiste pour le magazine Shoes Up avec 13 Block. C’est l’un de mes shootings préférés. Il y avait beaucoup de pression car c’était la première fois que le magazine allait faire une couverture avec un groupe et ce genre de set. C’était en juillet 2018, il devait faire 30° et la climatisation ne fonctionnait plus. Le studio photo devait faire 30m², il y avait du monde et les membres du groupe portaient des tenues d’hiver. On a utilisé de grandes bâches transparentes pour le décor, ce qui a rendu la chaleur encore plus écrasante, sans parler des flashs. Une galère quoi.

Malgré ça, le shoot s’est très bien passé et il y a eu un très bon feeling avec le groupe. Ils étaient partants pour toutes les idées que je leur proposais, et toujours avec le sourire. Je suis toujours très fier du résultat. »

Le Motif

Le Motif
© LE MOTIF – Axel Vanhessche

« Je ne connaissais pas du tout Le Motif quand son label m’a proposé le shooting. Puis j’ai écouté son travail, j’étais impressionné, impatient de le rencontrer et de travailler avec lui. Je n’ai pas été déçu. C’est un mec incroyable, d’une gentillesse rare. Il était partant pour tout et il ne s’est pas contenté de suivre mes indications, il s’est vraiment donné. Il a été difficile de faire une sélection. Je suis fier d’avoir participé au début de sa carrière solo. D’ailleurs, je sors très rarement mes images sur papier mais celle-ci est encadrée chez moi. »

Zola

Zola
© ZOLA – Axel Vanhessche

« Je crois, si je ne me trompe pas, que c’était l’un des premiers shootings presse de Zola ! Il était assez réservé et on a mis un moment pour le mettre à l’aise. Il voulait absolument fumer pour occuper ses mains, ce que je comprenais, mais il était interdit de fumer dans le studio. J’ai passé un moment à négocier avec eux pour qu’ils l’autorisent à fumer pour quelques photos. Cette photo, c’était la première, et la meilleure. Ce qui est drôle, c’est qu’il y a eu énormément de fans de Zola qui m’ont envoyé des messages pour que je leur envoie, ou même que je leur vende. »


SANDRA GOMES

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Dinos

Dinos
© DINOS – Sandra Gomes

« Cette photo de Dinos est incroyable parce qu’on a l’impression d’une photo de studio avec une lumière calibrée exprès pour ce shot. Alors que c’était en plein milieu d’un concert, l’émotion est réelle, et le moment sincère. »

Oboy – Tournage de « Je m’en tape »

Oboy
© OBOY – Sandra Gomes

« Celle-ci est très importante pour moi. C’est la première fois que je rencontrais Oboy et sa team et depuis, on a fait plein de choses ensemble. C’est ma meilleure collab qui dure. C’était sur le tournage du clip avec Aya Nakamura et Dopebwoy, un son qui a contribué à lui amener une grosse visibilité et qui a 10 millions de vues sur YouTube aujourd’hui. »

Isha – La Machine du Moulin Rouge

Isha
© ISHA – Sandra Gomes

« Cette photo d’Isha a été prise sur le morceau « Les magiciens » lors de son dernier concert à Paris, à la Machine du Moulin rouge. C’était un moment de fou parce qu’il est venu au milieu de la foule sur un escabeau. Et quand tu sais de quoi parle ce son, tu te prends une maxi gifle à ce moment-là. »


ADRELANINE

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Ateyaba – Soirées Chivas

Ateyaba
© ATEYABA – Adrelanine

« Alors là… quelle histoire. J’étais tous les soirs photographe aux soirées Chivas pour avoir des images de chaque artiste. Le soir d’Ateyaba, c’était la soirée la plus folle de tous les showcases. Il faisait tellement chaud que mon objectif était rempli de buée, impossible de faire la moindre photo utilisable.

Heureusement, j’avais mon argentique autour du cou. L’objectif est beaucoup plus petit donc il n’y avait quasiment pas de buée. J’ai shoot une pellicule entière pour être sûr d’avoir quelque chose d’utilisable. Le showcase a duré genre 30 minutes. À la fin, mon t-shirt était littéralement trempé et il y avait de l’eau qui coulait sur les murs. Quand on dit qu’il met le feu, on ne ment pas. » (Il a d’ailleurs dédié une vidéo à cette photo sur sa chaîne YouTube.)

Luidji – Session Live « Le Remède »

Luidji
© LUIDJI – Adrelanine

« Sur le tournage de la session Live du morceau « Le Remède » que j’ai co-réalisé, on avait une journée pour le live et une journée pour du studio et des ambiances à l’aquarium. Entre 2 plans en studio sur fond noir, j’ai pu prendre ce portrait. Je trouve la photo hyper sincère. Le stylisme, le regard, l’attitude, comme si j’étais encore en face de lui. C’était génial de travailler avec Luidji et son équipe, ça m’a ouvert beaucoup de portes par la suite. »

Lord Esperanza

Lord Esperanza
© LORD ESPERANZA – Adrelanine

« J’avais un billet de train pour Lyon le lendemain du concert. Quand j’ai vu l’annonce, j’ai direct changé mon billet et j’lui ai demandé de l’accompagner sur cette date. On s’était déjà vu plusieurs fois donc il a accepté et j’ai pu suivre cette date de la tournée en entier, avec accès backstage. J’étais sur la scène pour cette photo. J’adore les photos avec les flashs des téléphones et la position, les couleurs, l’ambiance qui se dégage. C’est devenu une de mes photos de concert préférées. »


ALEX & TAL, C’EST PAS UN FILM

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PLK & Mister V – Tournage de « Jamais »

Mister V PLK
© PLK & MISTER V – C’est pas un film

« C’est une photo prise à l’occasion du clip « Jamais ». Un ami nous a prévenu le jour même qu’il avait le lieu. On connaissait les deux reals. On leur a donc envoyé un message pour s’incruster en dernière minute et ils nous ont proposé de venir sur un set à Pantin, car le reste du clip se passait dans un studio étriqué. Coup de chance, c’était une scène à PLK mais Yvick était présent malgré le froid glacial. Entre deux prises, Tal a commencé à prendre en photo PLK qui fumait dans la voiture, et Yvick est arrivé pour lui parler à travers la fenêtre, Tal lui a donc demandé de la regarder aussi et a pris cette photo.

Si ce shoot fait partie de nos préférés, c’est parce-qu’il était imprévu. C’est aussi une des rares fois où on a fait un seul set, moins de 300 photos et où le shoot nous plait presque entièrement. Puis surtout, on ne comptait pas les poster. On les a même laissé traîner pendant un moment avant de se décider à les retoucher en noir et blanc et de les mettre sur Instagram où elles ont eu leur petit succès. Certains ont vu en cette photo une référence à Eminem et Proof. On était d’ailleurs agréablement surprises de voir qu’il y en a une oui, mais sans qu’on l’ait voulu. »

SCH – « Haut Standing »

SCH Haut standing
© SCH – C’est pas un film

« On a choisi celle-ci car plus représentative, mais on aurait pu choisir chacune des photos faites pendant ce clip. Tout ce qu’on savait avant de le faire, c’est qu’on partait trois jours pour aller shoot un gros artiste dans le sud. On a su un jour avant de partir que c’était SCH. Le jour du départ, on a loupé un premier train car en retard, donc on a pris le suivant. Une fois arrivées à Nîmes, on monte en voiture et on se dirige vers une côte ou l’on voit des tas de villas au loin, dont le Palais Bulle de Pierre Cardin. On ne nous dit rien jusqu’à arriver devant.

Finalement, on se rend compte que c’est le lieu du clip. De là, on savait déjà qu’on allait faire des photos incroyables. On vous laisse imaginer le plaisir immense qu’on a eu à passer la journée entière à y travailler. Nos photos ont servi pour la pochette du single (à l’époque Rooftop n’était pas encore sorti, c’était le retour du S après JVLIVS) et elles ont également servi pour le clip. Encore aujourd’hui, on estime que c’est celui sur lequel on a pris le plus de plaisir à bosser, tant pour le cadre que pour la journée passée et les images capturées. Cette photo est assez représentative de notre travail d’ailleurs pour le côté un peu « tableau » qu’on aime donner à nos photos. »

SCH & PLK

SCH PLK
© SCH & PLK – C’est pas un film

« C’est un ami qui nous a incrustées sur ce clip et c’était la première fois qu’on allait shoot ces deux artistes. Il faut savoir qu’on a dû faire presque 2h30 de transport pour y aller et, qu’une fois arrivées en pleine cambrousse au milieu des champs, on s’est demandée si on ne s’était pas trompée de lieu. On prend le seul uber présent aux alentours (coup de bol) et il nous dit qu’il avait été déposé du monde sur le tournage. De là on s’y retrouve enfin. Le domaine était gigantesque et la journée a été très longue mais on se souviendra toujours à quel point ce clip nous a impressionnées. Il y avait un monde fou, beaucoup de figurants et une grosse équipe de tournage.

C’était aussi notre premier clip avec Chill, qui est devenu par la suite un real avec qui on bosse énormément. On a fait cette photo sur la dernière scène du clip, au moment où il pète le champagne. Sachant qu’il y a toujours au moins trois prises pour une scène, on a eu la chance de pouvoir se placer le plus au milieu possible pendant une des prises et de faire cette photo qui a une vraie valeur à nos yeux, car c’est une des premières photos qui nous a rendu fières. Elle a aussi permis de se faire repérer par le label de SCH, REC118, via Instagram, label avec qui on travaille toujours aujourd’hui. « 


ROXANE PEYRONNENC

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Luidji – Tournage de « Néons Rouges/Belles Chansons »

© LUIDJI – Roxane Peyronnenc

« Je vous propose de commencer avec Luidji. Ici, c’est une photo du tournage « Néons Rouges / Belles Chansons ». Je crois bien que c’est un des tous premiers tournages où je suis allé et où j’ai découvert l’univers du clip et que j’y ai pris goût. C’était surtout la première fois que je photographiais Luidji, alors qu’on se connait depuis des années, on habitait dans la même ville d’enfance, quand j’étais petite c’était la star de ma ville, on reconnaissait des coins de chez nous dans ses clips et on était en folie. Et c’est à partir de ce jour-là que nous avons commencé à collaborer ensemble, que j’ai commencé à venir sur ses tournages et aussi des concerts (je triche un peu et en bonus je vous mets une photo de concert prise avec Luidji parce que je l’adore). »

Luidji
© LUIDJI – Roxane Peyronnenc

Népal – Festival Chorus

Népal
© NEPAL – Roxane Peyronnenc

« Voici une photo de Népal prise au Festival Chorus. C’est une photo qui m’a toujours beaucoup touchée. Une photo qui n’a « Rien d’spécial » au premier abord. On peut apercevoir ses yeux bleus, en accord avec le mood bleu de la lumière. J’ai du mal à décrire cette photo et pourquoi elle est si importante pour moi. Donc je vais juste en profiter pour vous rappeler de continuer à faire vivre sa musique, parce que Népal touchait nos coeurs et continuera de le faire. »

Rim’K – Tournage de « Warning »

Rim'K
© RIM’K – Roxanne Peyronnenc

« On finit avec une photo de Rim’K prise sur le tournage de « Warning » avec Incendie Film. J’avais déjà photographié Rim’K plusieurs fois, mais toujours avec une certaine distance et des intermédiaires : en concert ou alors sur des événements où on n’était pas forcement en contact direct. Ici j’étais avec Incendie Film (une boite de prod dont je vous invite à aller voir le travail) en temps que photographe de plateau. J’ai pu donc rencontrer Rim’K, parler avec lui et le photographier directement.

Je suis parfois déçu par des artistes que je rencontre. Ici c’était une très belle rencontre. Et c’était surtout un rêve de gosse. Moi le rap, j’en ai écouté parce que mon papa me faisait écouter. Donc Rim’K c’était un des premiers que j’ai pu écouter. Je n’avais pas dit à mon père que je bossais avec lui ce jour-là. J’ai fini à 00h à lui envoyer une vidéo de Rim’K où il lui passe le bonsoir et lui dit qu’on a bien bossé aujourd’hui. Mon père était trop fier de moi. Et deux fois plus quand une de mes photos de ce tournage a fini en cover du single. »


DAVID DELAPLACE

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7 Jaws

7 Jaws
© 7 JAWS – David Delaplace

« C’est un gars que j’ai rencontré à une masterclass de Seezy. J’étais parti là-bas avec Yasmine Golotchoglova, une pote qui les connaissait bien tous les deux. On a fait connaissance via elle. C’est un mec qui a beaucoup de charisme et qui est assez atypique avec tous ses tatouages. Je voulais faire une séance avec lui, on devait aller dans un entrepôt abandonné mais il a été détruit avant qu’on arrive.

Pour le coup, on s’est retrouvé dans une zone industrielle sans lieu pour faire la séance photo. Au détour d’une rue on a trouvé une ancienne casse qui avait pris feu. Des centaines de voitures calcinées dans un décor super vaste, c’était assez impressionnant. Il fallait absolument qu’on fasse des images à cet endroit. On est entré un peu à l’arrache en faisant attention à ne pas tomber dans les trous, et on a commencé la séance. On a dû rester deux heures dedans, entre la grisaille et la pluie. Ça se fait super facilement, très peu de matériel photo, juste un flash et un appareil. »

Fianso

Fianso
© FIANSO – David Delaplace

« Ça fait un moment que je connais Fianso. On a fait beaucoup de photos il y a quelques temps, on s’était un peu perdus de vue et j’ai refait des portraits de lui l’année dernière. On a bien discuté et il m’a appelé pour de nombreux projets, pour lui ou pour ses artistes. J’ai fait de nombreuses photos très cool de lui mais celle-ci est une de celles que j’apprécie le plus.

Quand on regarde son parcours, d’où il vient et où il est aujourd’hui, je trouve que cette photo le représente bien. Une kaïra dans le luxe. Force de travail et de persévérance, il s’est construit un empire. Tout en restant un mec simple sans prise de tête. Cette photo, on l’a faite sur un tournage de clip. Il y avait beaucoup de décor, j’ai essayé de faire quelque chose assez simple. Sans prise de tête. Juste un homme qui regarde par la fenêtre. »

Kpoint

Kpoint
© KPOINT – David Delaplace

« On parlait avec Kpoint et son équipe de faire des visuels pour la sortie de son projet. On est tombé en plein confinement ce qui a pas mal bloqué nos histoires. Un soir, ils étaient en studio en train d’enregistrer un morceau. Je leur ai soumis l’idée de shoot sur le périf’, parce qu’avec le confinement, on a strictement personne sur Paris. Ils ont apprécié l’idée. Une heure après, on était sur le périphérique en train de marcher seuls, et en train de faire des photos. C’était assez incroyable d’être dans cet endroit qui, habituellement, est bouché de 4h à 2h du matin. Vraiment cool à faire. »


CAMILLE PIOFFRET

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Chilla

Chilla
© CHILLA – Camille Pioffret

« Cette photo de Chilla me tient tout particulièrement à coeur, notamment pour sa place en tant qu’artiste et femme dans ce milieu. Ce jour-là, on a shooté sans forcément avoir d’idée précise en tête, et au final j’aime beaucoup ce qu’elle dégage. Ça a été l’une de mes plus belles rencontres humainement. »

Chanje – Release Party Peacemaker

Chanje
© CHANJE – Camille Pioffret

« J’ai connu Chanje il y a quelques années. C’était le début, pour lui comme pour moi. Puis on s’est retrouvé au 1999 pour la Release Party (Sold Out !) de son EP Pacemaker. C’est dans ce genre de moments et au travers de ces photos que je prends vraiment conscience de notre évolution. C’était incroyable, et je pense que ce n’est que le début pour lui. « 


NAÏRI

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Oboy

Oboy
© OBOY – Naïri

« Quand on parle du milieu de la photographie, on entend toujours des personnes qui radotent que c’est un domaine trop difficile, bien trop difficile pour avoir une vie tranquille sans devoir se soucier de notre compte en banque chaque mois. Ma première impression face à ce genre d’arguments, c’est qu’ils sont systématiquement négatifs et qu’ils puent la peur de l’échec. Ils peuvent refléter une réalité, mais ils sont loin de représenter toute l’aventure de ce domaine, quand on y met tout son cœur.

Vivre de la photo, c’est vivre de l’entrepreneuriat. Et comme toute nouvelle entreprise, oui, tu risques de te planter. Tu vas rencontrer des obstacles, tu vas découvrir un fonctionnement complètement différent de ce que tu as toujours eu l’habitude de voir, mais ça ne veut pas dire que tout ça est forcément voué à l’échec. Tu vas apprendre, tu vas te relever, et tu vas réussir. Je me suis lancée dans la photo de concert la boule au ventre. À chaque prestation (et encore aujourd’hui), le stress me montait à la tête. Je ne pouvais pas m’empêcher de me questionner sur ma crédibilité auprès des autres photographes et des artistes, de remettre en question la qualité de mon travail, et de mes compétences. J’étais morte de trouille. J’avais peur de ne pas être à la hauteur. J’ai pris plusieurs années avant d’oser demander de passer en loges pour rencontrer l’artiste.

Mais une chose est sûre, j’ai toujours cru au concept de processus, et non de la vitesse. Peut-être que d’autres photographes vont plus vite, traversent les barrières plus aisément, mais ça ne veut pas dire que ton travail ne brillera pas, ça ne veut pas dire que tu ne seras pas fier de toi un jour. Cette photo de Oboy, elle me rend fière. Elle me rappelle toutes les fois où je n’ai pas osé franchir la porte des backstages, toutes les fois où l’anxiété, le syndrome de l’imposteur m’ont empêché d’atteindre ces buts que j’avais pourtant bien représenté dans ma tête.

Puis, en la voyant, je prends conscience du processus qui m’a amené à ne plus autant craindre le jugement, à aller prendre ces portraits que j’avais tant visualisé depuis bien longtemps. Cette photo, elle a été prise en deux secondes chrono, pendant la première partie. C’est ce genre de petites victoires, de petites fiertés qui nous donnent envie de continuer. Du coup, vous avez la réponse : ne baissez pas les bras. Votre prochaine victoire pourrait être tout près. »

Chilla – L’Affranchi à Marseille

« L’Affranchi, c’est la salle de concert où tout a commencé pour moi. C’est une salle où l’équipe m’a accueilli à bras ouverts, où j’ai pu réaliser mes premiers concerts photos en all access, et je leur serais jamais assez reconnaissante pour ça. C’était un des premiers concerts de Chilla à Marseille, à l’occasion de la sortie de son album, Mūn. Super ambiance, sa musique rassemblait tout le monde. Il y avait tous les âges possibles dans la foule. Je pense que ça, c’est aussi un vrai public qui fait plaisir, de voir que ta musique rassemble autant d’individus différents sur beaucoup de niveaux. Enfin, dans cette salle très étroite, il n’y a pas de crash, pas d’accès privilégié dans la fosse pour les photographes. Il faut donc se faufiler, éviter de bousculer, de gêner, de se prendre des coups, de se faire détester…

Non j’déconne, tu es là pour faire ton travail, alors fais-le correctement. Les groupi(e)s peuvent patienter quelques minutes. Je dis ça malgré le fait qu’il m’est arrivé plusieurs fois de rentrer en conflit avec des personnes du public, parfois jusqu’à y aller physiquement. Mais c’est ton travail, et si tu t’empêches de t’approcher de la scène de peur de gêner, tu n’auras jamais les photos que tu espères. C’est ça, le métier de photographe. Un max de fun. Enfin, la première partie bouillante de notre pépite Lau Rinha passée, j’attaque les photos de Chilla. Je passe en backstage faire quelques portraits que je rate lamentablement (ça arrive, ça arrive) et vais me mettre en place pour shooter la performance. Je faisais mon travail malgré les visages grincheux autour de moi, puis je me baladais à l’arrière de la scène pour aussi avoir des photos de dos, je sympathise avec l’équipe.

Une fois rentrée chez moi, je retouche les photos, aucune ne me satisfait vraiment, j’ai pas de coup de coeur. Puis, pendant le triage, une photo est sur-saturée de rouge. On ne voit plus aucun détail, la lumière de la scène avait éblouis mon objectif, mais la posture de Chilla me dit quelque chose. Je conserve quand même par intuition la photo. J’aurais bien fait, car une fois dans Lightroom, la magie s’opère, et la photo ressort complètement folle. Il était là, mon coup de coeur. »

Vald – Festival Avec Le Temps

Vald
© VALD – Naïri

« Ah… ce concert, c’était un réel ascenseur à émotions. Mars 2018, Vald est programmé au festival marseillais Avec Le Temps. Grosse annonce, on a tous très hâte. Mais petit problème : les marseillais ont une très bonne mémoire (surtout quand il s’agit de foot), et ce shooting photo que Vald avait réalisé quelques mois plus tôt au Vélodrome, tout en portant un maillot du PSG, avait fait grincer plus d’une mâchoire.

Malgré tout, Vald entre en scène avec une veste où il prendra soin d’écrire «OM» sur le dos. Les autres photographes et moi commençons à bosser tant qu’on peut. Soudain, il s’arrête de rapper et commence à s’énerver contre un groupe qui lui crachait dessus depuis la foule. Ils s’insultent réciproquement, puis Vald finit par quitter la scène en évitant les fumigènes qui lui sont envoyés par plusieurs ultras habitués du Vélodrome. Des regards perdus et désespérés se jettent entre photographes, avec la foule. On a tous du mal à croire ce qu’il vient de se passer. Le concert serait apparemment terminé.

Mais quelques minutes après, Vald décide de terminer ce concert comme il l’avait commencé et met le feu, comme à son habitude. Cette photo est une de mes préférées de mon début d’activité. J’étais tellement fière quand je l’ai faite. Sa posture, son expression, l’éclairage, tout était parfait. Et puis, c’est Vald quand même. J’étais super contente. La photo a fini par être partagée par le média Shadowz pour qui je bosse, puis par Vald lui-même sur tous leurs réseaux. Malheureusement, les photos empruntées n’ont pas été créditées, et des milliers de vues sur ces clichés auraient pu se retrouver sur mon compte, à me donner la visibilité et le crédit dont j’ai mérité pour ce travail. Conclusion de cette anecdote, créditez les photographes ! »

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